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Tombe : Edmond de GONCOURT

Qui est Edmond de GONCOURT ?

Date de naissance : 26 mai 1822 (Nancy, France).
Date du décès : 16 juillet 1896 (Champrosay, France) à 74 ans.
Activité principale : Écrivain, prix Gouncourt.

Où est la tombe d’Edmond de GONCOURT ?

La tombe d’Edmond de GONCOURT est située dans la division 13.

La tombe d’Edmond de GONCOURT au Cimetière de Montmartre

Tombes des frères Goncourt et de leurs parents au cimetière de Montmartre.
Thomon, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Biographie d’Edmond de GONCOURT

Edmond de Goncourt, before 1877.
National Gallery of Canada, Public domain, via Wikimedia Commons

Né à Nancy le 26 mai 1822, Edmond de Goncourt appartient à une famille de la bourgeoisie administrative et grandit dans un milieu cultivé qui favorise très tôt son goût pour les lettres, l’histoire et les arts. Sa jeunesse est marquée par une éducation soignée et par un intérêt vif pour l’observation du monde social, trait qui deviendra l’une des signatures de son œuvre. Après la mort de son père, puis celle de sa mère, il se rapproche encore davantage de son frère cadet Jules de Goncourt, avec lequel il formera l’un des duos les plus singuliers de la littérature française du XIXe siècle. Entre les deux hommes, l’entente est intellectuelle autant qu’affective : ils lisent ensemble, voyagent, fréquentent les milieux artistiques et choisissent de faire de l’écriture un travail commun, mené dans une complicité rare.

Les frères Goncourt commencent par se tourner vers l’histoire, mais une histoire déjà très différente de la tradition académique. Ils s’intéressent moins aux grands récits politiques qu’aux mœurs, aux sensibilités, aux intérieurs, aux usages, à la vie matérielle et au monde des arts. Cette curiosité les conduit à publier des ouvrages consacrés au XVIIIe siècle, à ses artistes, à ses femmes célèbres, à ses formes de sociabilité et de goût. Leur regard, très attentif aux détails concrets, aux objets, aux gestes et aux façons de vivre, annonce une sensibilité moderne. Chez Edmond comme chez Jules, l’histoire n’est pas seulement une suite d’événements : elle est aussi une atmosphère, un ensemble de signes révélateurs d’une époque. Ce rapport aux choses vues et aux nuances du quotidien nourrira ensuite leur entrée dans le roman.

C’est en effet dans la fiction que les Goncourt imposent progressivement une voix originale. À rebours du roman purement romanesque, ils veulent faire entrer dans la littérature l’observation minutieuse du réel, les déterminismes sociaux, les désordres de la sensibilité, la vérité parfois dérangeante des existences ordinaires. Leur œuvre romanesque, dont Germinie Lacerteux demeure l’un des titres les plus marquants, cherche à capter la vie telle qu’elle est, dans sa brutalité, ses failles, ses humiliations et ses élans. Bien avant que le naturalisme ne s’impose comme école, les frères Goncourt contribuent à ouvrir cette voie. Leur écriture, nerveuse, travaillée, sensible aux notations rares et aux effets d’impression, ne ressemble pourtant à aucune autre : elle unit l’exigence documentaire à un art très personnel du style. Cette singularité leur vaut autant d’admirateurs que de détracteurs, tant leur manière tranche avec les habitudes littéraires de leur temps.

Un autre grand chantier de leur vie est le Journal, commencé ensemble et devenu avec le temps un document capital sur la vie littéraire, artistique et mondaine du XIXe siècle. Les Goncourt y consignent leurs rencontres, leurs jugements, leurs enthousiasmes, leurs irritations, les conversations des salons, les rivalités entre écrivains, les transformations du goût et les traits d’une société en pleine mutation. Ce Journal constitue aujourd’hui une source de premier ordre sur la vie intellectuelle de l’époque, mais il fut aussi, dès l’origine, le prolongement naturel de leur esthétique : voir, noter, saisir sur le vif, fixer l’éphémère. Le regard qu’ils portent sur leur siècle est souvent incisif, parfois cruel, toujours attentif à ce qui, sous la surface brillante du monde social, révèle les ambitions, les fragilités et les hypocrisies d’un milieu.

La mort de Jules, en 1870, est pour Edmond une rupture décisive. Il perd à la fois son frère, son collaborateur et son compagnon de travail. Cet événement bouleverse profondément sa vie et son œuvre. Désormais seul, Edmond continue pourtant à écrire, à publier, à défendre la mémoire de leur aventure commune et à faire vivre le nom qu’ils ont partagé en littérature. Il poursuit le Journal, rédige des livres sous sa seule signature et demeure une figure active de la vie des lettres. Cette seconde partie de son existence est celle d’un survivant fidèle, habité par le deuil mais résolu à ne pas laisser s’effacer le legs formé avec Jules. Son travail de mémorialiste, de romancier et de témoin y prend une tonalité plus personnelle, sans renoncer à l’acuité qui caractérisait déjà les œuvres écrites à deux.

Edmond de Goncourt occupe aussi une place importante dans le monde artistique de son temps par sa passion de collectionneur et de connaisseur. Amateur d’art raffiné, curieux des formes, des estampes, des objets et des cultures visuelles, il fait de sa maison un lieu où se croisent littérature, peinture et conversation. Ce goût n’est pas marginal dans son parcours : il éclaire au contraire toute son œuvre, nourrie d’une attention constante aux apparences, aux matières, aux décors et aux signes du goût. Son intérêt pour l’art japonais, comme son regard sur l’art du XVIIIe siècle, a contribué à faire évoluer la sensibilité de son époque. Chez lui, la littérature n’est jamais isolée : elle dialogue sans cesse avec les arts, avec l’histoire des formes et avec l’univers matériel qui entoure les êtres.

La postérité d’Edmond de Goncourt tient enfin à une décision qui a profondément marqué la vie littéraire française. Soucieux de soutenir le roman et de transmettre quelque chose de son idéal, il organise par testament la création d’une société littéraire chargée de décerner un prix annuel destiné à couronner un ouvrage d’imagination en prose. De cette volonté naîtra, quelques années après sa mort, le prix Goncourt, devenu l’une des distinctions les plus célèbres des lettres françaises. Si l’institution a parfois éclipsé l’écrivain aux yeux du grand public, elle prolonge pourtant avec fidélité une ambition centrale chez lui : défendre une littérature vivante, ancrée dans l’observation de la société et attentive aux formes nouvelles du roman.

Mort à Champrosay le 16 juillet 1896, Edmond de Goncourt laisse une œuvre multiple, à la croisée de l’histoire, du roman, du portrait, du témoignage et de la critique d’art. Avec Jules, puis seul après lui, il a contribué à transformer les manières d’écrire le réel et de raconter un siècle. Son nom demeure attaché à une certaine idée de la modernité littéraire, exigeante et curieuse, sensible à la fois aux blessures intimes, aux déterminismes sociaux et à la beauté des formes. On continue de lire les Goncourt pour ce qu’ils révèlent de leur temps, mais aussi pour l’intensité d’un regard qui, dans les détails les plus concrets de la vie, a su reconnaître la matière même de la littérature.