Qui est Jules de GONCOURT ?
Date de naissance : 17 décembre 1830 (Paris, France).
Date du décès : 20 juin 1870 (Paris, France) à 39 ans.
Activité principale : Écrivain, prix Gouncourt.
Où est la tombe de Jules de GONCOURT ?
La tombe de Jules de GONCOURT est située dans la division 13.
La tombe de Jules de GONCOURT au Cimetière de Montmartre

Tombes des frères Goncourt et de leurs parents au cimetière de Montmartre.
Thomon, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons
Biographie de Jules de GONCOURT

Jules de Goncourt.
Ernst von Liphart, Public domain, via Wikimedia Commons
Jules de Goncourt naît à Paris le 17 décembre 1830 dans une famille de la bourgeoisie aisée. Son enfance se déroule dans un milieu cultivé, sensible aux arts et aux lettres, qui nourrit très tôt sa curiosité. Avec son frère cadet Edmond, avec lequel il formera l’un des tandems les plus singuliers de la littérature française, il reçoit une éducation solide et grandit dans une atmosphère où l’observation du monde, le goût des objets d’art et l’attention aux nuances sociales occupent une place importante. La mort de leurs parents, survenue alors qu’ils sont encore jeunes, resserre profondément le lien entre les deux frères. Libérés des impératifs d’une carrière administrative ou commerciale, ils choisissent de se consacrer à l’écriture, à l’histoire, à l’art et à l’exploration des milieux qu’ils fréquentent.
La collaboration entre Jules et Edmond de Goncourt est si étroite qu’elle devient presque indissociable. Ils écrivent ensemble, signent ensemble, pensent leur œuvre comme une entreprise commune. Dès les années 1850, ils se font remarquer par des travaux qui témoignent d’un intérêt passionné pour le XVIIIe siècle, pour les mœurs, pour les formes de la sensibilité et pour l’histoire vue à hauteur d’hommes et de femmes. Loin de la seule érudition sèche, ils s’attachent à faire revivre une époque à travers les détails, les gestes, les objets, les conversations, les goûts. Cette façon d’aborder le passé annonce déjà ce qui fera l’originalité de leur style : une attention aiguë au concret, au fragile, au fugitif. Ils publient notamment des ouvrages consacrés à l’histoire sociale et artistique, tout en affirmant peu à peu une voix littéraire très personnelle.
Leur ambition romanesque s’affirme bientôt avec force. Dans un paysage littéraire dominé par de grandes figures, les frères de Goncourt cherchent une voie propre, plus nerveuse, plus sensuelle, plus proche de la notation immédiate. Ils veulent saisir la vérité des êtres dans leur condition sociale, leurs blessures, leurs illusions, leurs déterminismes. Cette orientation les conduit à écrire des romans qui comptent parmi les expériences les plus audacieuses de leur temps. Parmi leurs titres marquants figurent Sœur Philomène, Renée Mauperin, Germinie Lacerteux et Madame Gervaisais. Germinie Lacerteux, publié en 1865, demeure l’un de leurs livres les plus importants : inspiré d’une histoire réelle observée dans leur entourage, le roman explore la vie cachée d’une servante avec une crudité et une compassion qui frappent les lecteurs. Bien avant que le naturalisme ne s’impose pleinement, les Goncourt ouvrent ainsi la voie à une littérature soucieuse des réalités sociales, des corps, des nerfs et des humiliations silencieuses.
Jules de Goncourt joue dans cette aventure un rôle essentiel. Les contemporains et les critiques ont souvent insisté sur la fusion intellectuelle des deux frères, mais aussi sur la sensibilité particulière de Jules, sur sa finesse de perception et sur la part qu’il prend à l’élaboration d’une écriture novatrice. Leur style, travaillé avec une exigence extrême, rompt avec bien des habitudes du roman traditionnel. Il cherche moins l’équilibre classique que l’impression juste, le trait vif, la sensation presque picturale. Cette recherche peut déconcerter, mais elle influence durablement l’évolution de la prose française. Les Goncourt ne se contentent pas de raconter : ils veulent faire voir, faire entendre, faire sentir. Leurs livres accordent une grande place aux milieux modestes, aux femmes, aux artistes, aux êtres fragiles ou déclassés, avec un mélange d’observation sociale et de sensibilité inquiète.
À côté de leurs romans et de leurs ouvrages historiques, Jules et Edmond tiennent aussi un journal qui deviendra capital pour la connaissance du monde littéraire et artistique du XIXe siècle. Commencé dans les années 1850, ce Journal consigne leurs rencontres, leurs jugements, leurs conversations, leurs impressions sur la vie intellectuelle de leur temps. On y croise écrivains, peintres, actrices, critiques, éditeurs, avec une liberté de ton souvent redoutable. Pour Jules, cet exercice prolonge la même exigence d’attention au réel : tout peut devenir matière à saisir une vérité de caractère, un climat moral, une scène révélatrice. Ce regard, parfois acéré, parfois injuste, parfois d’une grande justesse, constitue aujourd’hui encore un témoignage irremplaçable sur le Second Empire littéraire et artistique. Il participe aussi à la légende des Goncourt, observateurs passionnés autant qu’acteurs du monde des lettres.
La vie de Jules de Goncourt est cependant brève. Sa santé, fragile, se dégrade, et cette vulnérabilité marque les dernières années de son existence. Il meurt à Paris le 20 juin 1870, à seulement trente-neuf ans. Sa disparition est un choc immense pour Edmond, qui poursuivra seul l’œuvre de mémoire du duo, continuera le Journal et s’attachera à faire vivre le nom qu’ils avaient construit ensemble. Cette mort précoce contribue à la dimension presque poignante de leur aventure littéraire : tant de recherches, tant d’audace, tant d’intuition concentrées dans une carrière interrompue au moment même où leur influence commençait à se dessiner plus clairement.
Si Jules de Goncourt n’a pas connu la célébrité massive de certains de ses contemporains, son importance dans l’histoire littéraire est considérable. Avec Edmond, il a contribué à transformer le roman en l’ouvrant à des territoires nouveaux : les existences obscures, les désordres intimes, la marque des milieux, l’épaisseur des sensations. Il a aussi participé à renouveler l’écriture historique par le goût du détail vivant et du document incarné. À travers leur nom, c’est enfin une institution majeure de la vie littéraire française qui s’est imposée durablement : le prix Goncourt, voulu plus tard par Edmond en mémoire de leur fraternité intellectuelle. Derrière cette postérité prestigieuse, il ne faut pas oublier l’écrivain lui-même, mort jeune, mais qui laissa dans la langue française une empreinte singulière, faite de tension, de précision, d’élan sensible et d’un désir constant de saisir la vérité mouvante des êtres.