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Tombe : Sacha GUITRY

Qui est Sacha GUITRY ?

Date de naissance : 21 février 1885 (Saint-Pétersbourg, Russie).
Date du décès : 24 juillet 1957 (Paris, France) à 72 ans.
Activité principale : Dramaturge, acteur, cinéaste.
Nom de naissance : Alexandre Georges Pierre Guitry.

Où est la tombe de Sacha GUITRY ?

La tombe de Sacha GUITRY est située dans la division 1.

La tombe de Sacha GUITRY au Cimetière de Montmartre

Grave of Lucien and Sacha Guitry, and of Lana Marconi, in the Montmartre Cemetery (division 1).
Nenea hartia, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Biographie de Sacha GUITRY

Sacha Guitry pose l’air grave en regardant l’objectif, 1er janvier 1938.
Studio Harcourt, Public domain, via Wikimedia Commons

Né à Saint-Pétersbourg le 21 février 1885, Alexandre-Georges, dit Sacha Guitry, grandit dans un univers où le théâtre est déjà une seconde nature. Il est le fils du comédien Lucien Guitry, immense vedette de la scène française, et cette filiation compte dans son destin sans pour autant l’y réduire. Son enfance se déroule au gré des déplacements liés à la carrière paternelle, dans un milieu artistique où la langue, le jeu, les répliques et le goût du public s’apprennent presque autant par imprégnation que par étude. Très tôt, le jeune Guitry se familiarise avec les coulisses, les acteurs, les rythmes de la représentation et la puissance particulière de la parole théâtrale. Cette proximité avec la scène forge chez lui un sens aigu de la formule, de l’observation sociale et du dialogue, qui deviendront sa signature.

Il s’impose d’abord comme auteur dramatique. Au début du XXe siècle, alors que le théâtre parisien demeure un lieu central de la vie artistique et mondaine, Sacha Guitry trouve sa place par une écriture immédiatement reconnaissable. Son talent repose sur une combinaison rare : une extrême aisance dans la conversation, un goût du trait d’esprit, une mécanique dramatique précise, et une façon très personnelle de faire affleurer, sous la légèreté apparente, les jeux de pouvoir, de désir, de vanité ou d’illusion qui traversent les rapports humains. Ses pièces rencontrent rapidement le succès et lui donnent une place à part dans le paysage théâtral français. Guitry n’écrit pas seulement pour raconter une intrigue : il écrit pour faire entendre une musique de la langue, pour faire briller l’intelligence, pour installer une présence. Des œuvres comme Nono, Désiré, Jean de La Fontaine, Le Veilleur de nuit, Faisons un rêve ou encore Mon père avait raison témoignent de cette fécondité et de cette maîtrise.

À son activité d’auteur s’ajoute bientôt celle d’interprète. Guitry comprend mieux que quiconque le phrasé de ses propres textes, leur respiration, leur vitesse exacte, leur ironie sous-jacente. Sur scène, il cultive un personnage dont il joue avec habileté : esprit souverain, séducteur, observateur amusé du monde, homme de conversation autant qu’homme de théâtre. Cette image publique, volontiers brillante et narcissique, ne doit pas faire oublier l’ampleur du travail fourni. Il est l’un des auteurs les plus prolifiques de son temps, capable d’enchaîner les succès tout en renouvelant ses dispositifs. Il sait aussi écrire pour les grandes figures de la scène et faire de ses distributions un argument artistique à part entière. Son goût de la biographie dramatique et de l’évocation historique apparaît dans plusieurs textes consacrés à des personnalités françaises, preuve que son théâtre ne se limite pas à la comédie mondaine, même si c’est souvent dans ce registre qu’il demeure le plus célèbre.

Sa vie privée, souvent exposée, accompagne sa notoriété. Plusieurs de ses épouses furent aussi ses partenaires de scène ou d’écran, et ces unions participèrent largement à la fabrication de son image publique, à une époque où le théâtre et la presse s’alimentaient mutuellement. Son mariage avec Yvonne Printemps, notamment, forma l’un des couples les plus célèbres du spectacle français. Mais au-delà de l’anecdote, cette proximité entre vie intime et vie artistique révèle chez Guitry une manière très singulière de créer : son œuvre se nourrit du charme, de la conversation, de la présence des interprètes qui l’entourent. Il compose souvent en pensant à des voix, à des silhouettes, à des tempéraments. Cette fusion entre l’écriture, l’interprétation et le monde social dans lequel il évolue contribue à son succès comme à sa légende.

À partir des années 1930, Sacha Guitry investit le cinéma avec une ambition qui dépasse la simple adaptation de ses pièces. Beaucoup auraient pu voir dans le parlant naissant un terrain naturellement favorable à son génie du dialogue ; il y trouve effectivement un outil idéal, mais il comprend aussi très vite que l’écran permet d’autres inventions. Son style cinématographique repose sur la parole, bien sûr, mais aussi sur le montage, l’adresse au spectateur, le goût du récit enchâssé, l’ironie visuelle et un sens très libre de la mise en scène. Il réalise ou cosigne plusieurs films qui prolongent et transforment son univers théâtral. Parmi les plus connus figurent Le Roman d’un tricheur, Remontons les Champs-Élysées, Le Nouveau Testament, Le Comédien, Ils étaient neuf célibataires, La Poison et Si Versailles m’était conté. Dans ses films historiques comme dans ses comédies, il manifeste le même plaisir de raconter, d’épingler les faiblesses humaines et de donner à l’histoire de France un relief familier, souvent spirituel, parfois malicieux, toujours très personnel.

La Seconde Guerre mondiale marque cependant une rupture douloureuse. Personnalité en vue, figure du Paris occupé, Guitry se retrouve, à la Libération, au cœur de soupçons et de polémiques. Il est arrêté en 1944 et connaît une période particulièrement éprouvante, tant physiquement que moralement. Même si les procédures n’aboutissent pas à une condamnation équivalente à l’ampleur des accusations lancées contre lui dans l’opinion, cet épisode laisse une trace profonde dans sa vie et dans sa réputation. Il en ressort blessé, affecté, mais non brisé. L’homme de théâtre et de cinéma reprend le travail, conscient que son nom demeure désormais attaché à une controverse durable. Cette période éclaire aussi une part plus grave de sa personnalité : derrière le brillant causeur apparaît un homme atteint par l’injustice qu’il estime avoir subie, soucieux de se défendre et de réaffirmer sa place dans la vie culturelle française.

Les dernières années de sa carrière montrent un artiste resté remarquablement actif. Il continue d’écrire, de tourner et d’occuper une place singulière dans le paysage artistique de l’après-guerre. Ses films tardifs rencontrent encore le public, et son talent de dialoguiste conserve tout son éclat. Il demeure un cas à part : un auteur immédiatement identifiable à quelques répliques, un metteur en scène qui a su faire de la parole un moteur cinématographique, un acteur qui a transformé sa propre personne en instrument de création. D’autres artistes ont pu paraître plus modernes ou plus audacieux formellement, mais peu ont exercé une telle emprise sur la comédie française et sur l’art du mot juste. Son œuvre a parfois suscité des réserves, notamment chez ceux qui lui reprochaient son goût de l’esprit au détriment de l’émotion. Pourtant, cette apparente désinvolture recouvre souvent une lucidité profonde sur les rapports amoureux, la vanité sociale, le mensonge, le temps et le pouvoir du spectacle.

Mort à Paris le 24 juillet 1957, à l’âge de 72 ans, Sacha Guitry laisse une œuvre immense, à la fois populaire et personnelle, dont l’influence dépasse largement son époque. Auteur de théâtre parmi les plus joués de son temps, acteur au style inimitable, cinéaste d’une grande originalité, il a imposé dans la culture française une manière de penser par la réplique, de séduire par l’intelligence, de raconter en donnant au langage la première place.

Son nom reste associé à un art très français de la conversation, du portrait et de l’élégance ironique.