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Tombe : Bertrand BLIER

Qui est Bertrand BLIER ?

Date de naissance : 14 mars 1939 (Boulogne-Billancourt, France).
Date du décès : 20 janvier 2025 (Paris 9e, France) à 85 ans.
Activité principale : Réalisateur, scénariste, écrivain.

Où est la tombe de Bertrand BLIER ?

La tombe de Bertrand BLIER est située dans la division 25.

La tombe de Bertrand BLIER au Cimetière de Montmartre

Tombe de Bertrand Blier au cimetière de Montmartre.
ManoSolo13241324, CC0, via Wikimedia Commons

Biographie de Bertrand BLIER

Bertrand Blier alla Mostra del cinema di Venezia nel 1993.
Gorup de Besanez, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Né le 14 mars 1939 à Boulogne-Billancourt, Bertrand Blier appartient d’emblée à un univers où le cinéma tient une place centrale. Fils de l’acteur Bernard Blier, il grandit dans la proximité d’un métier, d’un langage et d’un milieu dont il fera pourtant un territoire très personnel, au point de devenir l’une des voix les plus singulières du cinéma français de la seconde moitié du XXe siècle. Très tôt attiré par l’écriture et par la mise en scène, il ne choisit ni la voie de l’héritage docile ni celle du simple prolongement familial. Il impose peu à peu un ton qui n’appartient qu’à lui : goût de la provocation, sens du dialogue comme instrument de percussion, attention aux désirs, aux pulsions, à l’absurde et à la cruauté sociale, le tout porté par une liberté de ton rare.

Il commence derrière la caméra dans les années 1960. Son premier long métrage, Hitler, connais pas, en 1963, annonce déjà un regard en décalage, à la fois ironique et acéré, sur son époque. Dans les années qui suivent, il affine son style, écrit, observe, cherche une forme qui puisse accueillir son humour noir, son goût de la fable et son intérêt pour des personnages en marge. C’est en 1974 que sa carrière prend un tournant décisif avec Les Valseuses, adapté de son propre roman. Le film, porté notamment par Gérard Depardieu, Patrick Dewaere et Miou-Miou, fait l’effet d’un choc. Par sa liberté sexuelle affichée, son énergie anarchique et sa manière de bousculer les bonnes mœurs narratives autant que morales, il divise, scandalise parfois, mais marque durablement le cinéma français. Blier y trouve sa place : celle d’un auteur populaire au sens fort, capable de rencontrer un vaste public tout en développant un univers immédiatement identifiable.

Les années 1970 et 1980 le voient enchaîner des œuvres qui confirment cette singularité. Avec Calmos, Préparez vos mouchoirs, Buffet froid ou La Femme de mon pote, il compose un cinéma de l’inconfort et du déraillement, où le rire naît souvent d’un malaise savamment entretenu. Chez lui, les situations les plus extravagantes révèlent des vérités plus profondes sur la solitude, la virilité, le couple, le désir ou la violence des rapports humains. Il dirige des acteurs d’exception et obtient d’eux des performances mémorables. Gérard Depardieu, Patrick Dewaere, Bernard Blier, Jean Carmet, Carole Bouquet, Miou-Miou, Josiane Balasko, Michel Serrault ou encore Isabelle Huppert trouvent dans ses dialogues un terrain de jeu très particulier, exigeant, musical, parfois cru, toujours rythmé. Préparez vos mouchoirs reçoit l’Oscar du meilleur film en langue étrangère, distinction qui donne à son œuvre un rayonnement international sans l’éloigner de sa tonalité profondément française, nourrie d’insolence, de satire et d’une tradition littéraire du mot d’auteur.

Blier est en effet l’un des grands dialoguistes de son temps. Son cinéma s’écoute autant qu’il se regarde. Les répliques y avancent comme des lames, des saillies comiques ou des aveux désarmants. Cette force d’écriture atteint une nouvelle ampleur dans les années 1980 avec Tenue de soirée, puis dans Trop belle pour toi. Ce dernier film, qui met notamment en scène Gérard Depardieu, Carole Bouquet et Josiane Balasko, rencontre un succès important et reçoit le Grand Prix du Jury au Festival de Cannes. Le cinéaste y démontre qu’il sait faire surgir l’émotion au cœur même du décalage, et traiter le désir non comme un sujet abstrait mais comme une force capable de dérégler l’ordre social, sentimental et esthétique. Son goût pour la transgression n’est jamais gratuit : il lui sert à forcer les apparences, à mettre à nu les personnages, à faire vaciller les hiérarchies du beau, du convenable et du vraisemblable.

Au fil des décennies, Bertrand Blier continue de creuser cette veine très personnelle. Merci la vie, Un, deux, trois, soleil, Mon homme ou Les Acteurs témoignent d’un auteur qui refuse de se répéter tout en restant fidèle à un socle profond : le mélange du réel et de l’irréel, la dérive comme méthode, le refus du naturalisme plat, l’attention portée aux corps, au langage et à l’étrangeté des liens humains. Dans Les Acteurs, il joue avec le cinéma lui-même et avec ceux qui l’incarnent, dans une mise en abyme à la fois drôle, libre et mélancolique. Plus tard, avec Combien tu m’aimes ?, Le Bruit des glaçons ou Convoi exceptionnel, il poursuit un parcours indépendant, parfois controversé, mais toujours reconnaissable entre tous. Ses films ne cherchent jamais à flatter l’air du temps. Ils avancent selon leur logique propre, quitte à dérouter. Cette fidélité à sa vision explique qu’il ait pu susciter des enthousiasmes très fervents comme des rejets catégoriques.

Parallèlement à son travail de cinéaste, Bertrand Blier mène une activité d’écrivain. Cette dimension n’est pas secondaire : elle éclaire au contraire tout son parcours. Nombre de ses films reposent sur une architecture verbale très littéraire, et son rapport aux personnages passe souvent par la phrase avant de passer par l’image. Son œuvre, dans son ensemble, témoigne d’une même volonté de styliser le réel pour mieux en faire apparaître les contradictions. Il n’a jamais été un chroniqueur sociologique au sens classique, mais ses films disent beaucoup de la France de leur temps : ses hypocrisies, ses embarras, ses pulsions, ses rêves de liberté, sa trivialité comme sa tendresse. Sous l’insolence, il y a chez lui un désarroi humain très sensible, une manière de faire affleurer la fragilité au détour d’une réplique brutale ou d’une situation absurde.

Sa vie privée est restée plus discrète que son œuvre, et il a toujours donné le sentiment de préférer laisser ses films parler pour lui. Cette réserve n’a pas empêché sa figure publique de s’imposer, tant son nom est devenu synonyme d’un certain cinéma français d’auteur, irrévérencieux et dialogué. Il occupait une place à part, ni tout à fait dans le courant dominant, ni enfermé dans la marginalité, mais sur une ligne de crête où la popularité rencontrait l’exigence formelle. Plusieurs générations de spectateurs, de critiques et de cinéastes ont reconnu en lui un auteur capable de prendre tous les risques, y compris celui du mauvais goût assumé, de l’excès ou de l’incompréhension, au nom d’une liberté artistique non négociable.

Bertrand Blier est mort le 20 janvier 2025 à Paris, à l’âge de 85 ans. Sa disparition a refermé une trajectoire majeure du cinéma français, commencée dans l’après-guerre et déployée sur plus de soixante ans. Il laisse une filmographie qui continue de provoquer, de faire rire, de déranger et de séduire, ainsi qu’une langue immédiatement identifiable, faite d’éclats, de gouaille, de poésie noire et de désenchantement.