Qui est Philippe SOUPAULT ?
Date de naissance : 2 août 1897 (Chaville, France).
Date du décès : 12 mars 1990 (Paris, France) à 92 ans.
Activité principale : Poète, écrivain, journaliste.
Nom de naissance : Marie Ernest Philippe Soupault.
Pseudonyme : Philippe Verneuil.
Où est la tombe de Philippe SOUPAULT ?
La tombe de Philippe SOUPAULT est située dans la division 17.
La tombe de Philippe SOUPAULT au Cimetière de Montmartre

Tombe de Philippe Soupault au cimetière de Montmartre.
ManoSolo13241324, CC0, via Wikimedia Commons
Biographie de Philippe SOUPAULT
Sous le ciel de Chaville, le 2 août 1897, s’éveille un esprit que rien ne pourra jamais tout à fait emprisonner : Philippe Soupault. S’il appartient à cette génération foudroyée par la Grande Guerre, il est surtout celui qui a décidé que le vieux monde des lettres du XIXe siècle devait s’effacer devant le surgissement de l’inconscient. Fondateur du surréalisme aux côtés d’André Breton, il fut l’explorateur des « champs magnétiques » de l’esprit avant de devenir un voyageur infatigable, un journaliste de l’instant et un homme de radio. Soupault n’était pas un homme de chapelle ; il était un homme de grand large, refusant les dogmes pour ne cultiver qu’une seule vertu : la liberté absolue. Redécouvrir Philippe Soupault, c’est suivre la trace d’un poète des lisières qui, de l’écriture automatique aux reportages à travers le monde, a passé près d’un siècle à guetter l’inattendu.

Poets Philippe Soupault (left) and Vítězslav Nezval (right).
AnonymousUnknown author, Public domain, via Wikimedia Commons
L’Aube des Champs Magnétiques : L’Invention du Surréalisme
Au lendemain de l’armistice de 1918, Paris bouillonne d’une rage de vivre et d’une soif de table rase. Philippe Soupault, jeune homme à l’élégance nerveuse, se jette dans le tumulte Dada avant de rencontrer son alter ego, André Breton. Ensemble, dans une chambre d’hôtel ou au fond d’un café, ils tentent une expérience qui va changer la face de la littérature : l’écriture automatique. Lâchant la bride à la raison, ils laissent les mots s’agglomérer sans contrôle, portés par le flux de l’inconscient.
Le résultat, Les Champs magnétiques (1919), est le séisme fondateur du surréalisme. Soupault n’écrit plus avec sa tête, il écrit avec ses nerfs et ses rêves. Pour lui, le poème ne doit plus expliquer, il doit fulgurer. Cette période est celle d’une effervescence totale où il anime des revues, provoque le bourgeois et cherche, selon le mot de Rimbaud, à « changer la vie ». Mais déjà, le poète se sent à l’étroit dans les manifestes. Là où le groupe commence à se structurer en église, Soupault commence à regarder vers la porte.
L’Errance Nocturne : Philippe Soupault et le Fantôme de Paris
Si André Breton est le théoricien du mouvement, Soupault en est le flâneur. À la fin des années 1920, il publie l’un de ses chefs-d’œuvre en prose, Les Dernières Nuits de Paris. Dans ce roman onirique, la capitale n’est plus un décor de pierre, mais une créature vivante, un labyrinthe de sensations où l’on se perd pour mieux se trouver. Soupault y décrit un Paris nocturne, peuplé d’apparitions fugitives et de mystères quotidiens, préfigurant ce « merveilleux urbain » qui irriguera tout le siècle.
Son écriture, fluide et rapide, semble toujours en mouvement. Il ne s’arrête jamais sur une description ; il glisse, il suggère. Pour lui, la ville est un poème à ciel ouvert que seuls les marcheurs solitaires savent déchiffrer. Cette attention au hasard et aux rencontres de rue fait de lui le plus « citadin » des surréalistes, celui qui a su capter la mélancolie des réverbères et la poésie des terrains vagues avec une acuité que le temps n’a pas flétrie.
La Rupture et le Grand Large : Un Écrivain sans Frontières
En 1926, la sentence tombe : Soupault est exclu du groupe surréaliste. Officiellement, on lui reproche son goût pour le journalisme et le roman « bourgeois » ; officieusement, c’est son indépendance farouche qui agace. Loin d’être une défaite, cette rupture est pour lui une libération. Il devient alors un « voyageur professionnel », parcourant l’Europe, l’Amérique et l’Afrique, rapportant des reportages qui sont autant de fragments de poésie vécue.
Il refuse les étiquettes. Il est poète dans ses articles et journaliste dans ses poèmes. Il s’intéresse aux littératures étrangères, traduit James Joyce, et devient un passeur de culture entre les continents. Soupault comprend que la modernité ne se joue pas seulement dans les cénacles parisiens, mais dans le mouvement des peuples et le brassage des langues. Il traverse les crises des années 30 avec une lucidité inquiète, refusant de sacrifier sa liberté de ton aux sirènes des idéologies totalitaires.
L’Homme de la Radio : Faire Circuler la Parole
Après la Seconde Guerre mondiale, Soupault découvre un nouvel outil pour sa curiosité insatiable : la radio. Ce média de l’immatériel et de la voix correspond parfaitement à son tempérament. Il y réalise des entretiens, des chroniques, et fait découvrir des auteurs oubliés ou lointains. Pour lui, la radio est le prolongement naturel de l’écriture automatique : une parole qui circule dans l’éther, touchant l’auditeur au cœur de sa solitude.
Il y déploie un talent de conteur et de pédagogue sans jamais être pédant. À travers le micro, il continue son œuvre de médiateur, créant des ponts entre les générations. Il devient une figure familière pour les auditeurs, une voix élégante et ironique qui rappelle sans cesse que la poésie est une affaire de tous les jours, pas un monument poussiéreux. Cette activité radiophonique monumentale est le chaînon manquant de sa biographie, illustrant sa volonté de ne jamais laisser la culture se figer.
Le Patriarche de l’Imprévu : Une Fin de Siècle Élégante
Philippe Soupault s’éteint à Paris le 12 mars 1990, à l’âge de quatre-vingt-douze ans. Il a traversé le XXe siècle de part en part, depuis les tranchées de la Marne jusqu’à la chute du Mur de Berlin. Jusqu’au bout, il est resté ce « voyageur de l’ombre », gardant un regard d’enfant sur le monde et une haine farouche pour l’esprit de sérieux.
Réalisations et Œuvres Marquantes
L’œuvre de Philippe Soupault est une mosaïque de genres, unie par un style nerveux et une soif de découverte permanente.
Poésie et Expérimentations :
- 1919 : Les Champs magnétiques (avec André Breton) – L’acte de naissance du surréalisme et de l’écriture automatique.
- 1920 : Rose des vents – Un recueil de poésie où s’exprime sa mobilité d’esprit.
- 1922 : Westwego – Un grand poème urbain et voyageur.
- 1947 : Odes – Un retour à une forme poétique plus lyrique mais toujours libre.
Romans et Récits :
- 1923 : Le Bon Apôtre – Un récit aux accents autobiographiques sur sa jeunesse et la bohème.
- 1928 : Les Dernières Nuits de Paris – Son chef-d’œuvre romanesque, portrait onirique de la capitale.
- 1928 : Le Roi de la vie – Un roman explorant les thèmes de la liberté et du hasard.
- 1931 : Les Moribonds – Une réflexion plus sombre sur la fin d’un monde.
Essais et Journalisme :
- 1927 : Guillaume Apollinaire – Une étude sur l’un de ses maîtres à penser.
- 1939 : Journal d’un exilé – Témoignage sur les années de tourmente en Tunisie.
- Critique d’art : De nombreux textes sur la peinture (Douanier Rousseau, Henri Matisse) qui montrent son œil de connaisseur.
Radio et Mémoires :
- Profils perdus : Ses célèbres entretiens et chroniques radiophoniques où il fait revivre ses contemporains.
- 1981 : Mémoires de l’oubli – Une somme autobiographique où il revient sur son siècle avec une lucidité sans amertume.