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Tombe : René BENJAMIN

Qui est René BENJAMIN ?

Date de naissance : 20 mars 1885 (Paris 10e, France).
Date du décès : 4 octobre 1948 (Tours, France) à 63 ans.
Activité principale : Écrivain, journaliste.

Où est la tombe de René BENJAMIN ?

La tombe de René BENJAMIN est située dans la division 24.

La tombe de René BENJAMIN au Cimetière de Montmartre

Il est inhumé dans le caveau familial aux côtés de son père, Ernest Benjamin (1854-1901), homme de lettres, ainsi que de son frère Jean Benjamin (1883-1976), architecte.

Biographie de René BENJAMIN

René Benjamin fut l’un de ces tempéraments de feu, un observateur dont l’œil ne cillait jamais devant les travers de son siècle. Né à Paris le 20 mars 1885, il fut d’abord l’enfant prodige des lettres françaises, décrochant le prix Goncourt en pleine Grande Guerre pour avoir su dire la vérité des tranchées sans fard ni mensonge. Mais René Benjamin ne fut pas seulement le chantre de l’héroïsme ; il fut un polémiste redoutable, un conférencier magnétique et un biographe capable de ressusciter les plus grands esprits de la culture française. Redécouvrir René Benjamin, c’est suivre la trajectoire d’un homme qui a fait de sa plume un scalpel, disséquant avec une verve féroce et une tendresse cachée les contradictions d’une France oscillant entre tradition et modernité.

René Benjamin dans Paris-Soir du 26 mai 1938.
Paris-Soir, CC0, via Wikimedia Commons

Le Choc de la Grande Guerre : L’Avènement de « Gaspard »

La jeunesse de René Benjamin est celle d’un Parisien cultivé, nourri aux classiques et doté d’un sens de l’observation qui fait mouche dès ses premiers textes. Mais c’est le fracas de 1914 qui va véritablement révéler son génie. Mobilisé, blessé dès les premières semaines du conflit, il tire de son expérience un roman qui va bouleverser le paysage littéraire de l’époque : Gaspard.

En 1915, alors que la censure et la propagande règnent, Benjamin impose une figure de soldat radicalement nouvelle. Gaspard, marchand d’escargots parisien jeté dans l’enfer de la guerre, parle le vrai langage des poilus — vert, argotique, vivant. Pour ce livre, René Benjamin reçoit le prix Goncourt. Il devient alors la voix de ceux qui souffrent en silence, prouvant que la littérature peut être un témoignage humain d’une puissance absolue, loin des discours officiels.

Le Satiriste Impitoyable : Croquer la Comédie Humaine

Une fois la paix revenue, René Benjamin ne dépose pas les armes. Il change simplement de cible. Il observe la France de l’entre-deux-guerres avec une ironie qui confine parfois à la cruauté. Dans ses romans et ses pièces de théâtre, il s’attaque aux institutions qu’il juge sclérosées : l’école, la justice, la politique. Son style, nerveux et vif, excelle à saisir le ridicule d’un geste ou l’hypocrisie d’un discours.

Il devient l’un des conférenciers les plus demandés de France. Sa verve est telle qu’il remplit les salles, mimant les personnages qu’il critique, transformant l’analyse littéraire en spectacle vivant. Benjamin est un homme de tempérament, un défenseur acharné d’une certaine « qualité française », refusant le conformisme intellectuel. Ses attaques contre la Sorbonne ou les magistrats font de lui une figure redoutée, mais aussi l’un des auteurs les plus lus de sa génération.

L’Art de la Biographie : Ressusciter les Grands Esprits

Parallèlement à ses satires, René Benjamin déploie un talent de biographe qui fera date. Pour lui, raconter une vie n’est pas compiler des faits, c’est retrouver le battement de cœur d’un homme. Ses biographies de Molière, de Balzac ou de Sacha Guitry sont des modèles de vie. Il s’immerge dans l’âme de ses sujets, cherchant à comprendre leurs doutes, leurs colères et leurs joies.

Sa biographie de Maurras, ou son amitié avec de grandes figures de la droite intellectuelle, témoignent de ses engagements profonds. René Benjamin est un homme de convictions, souvent à contre-courant, qui voit dans les grandes figures du passé des remparts contre la décadence qu’il croit percevoir dans le monde moderne. Son écriture, riche et imagée, rend ces personnages d’une présence charnelle, faisant de lui l’un des maîtres du portrait littéraire.

Les Années Sombres : Engagement et Crépuscule

La fin du parcours de René Benjamin est indissociable des tragédies de la Seconde Guerre mondiale. Son engagement aux côtés du maréchal Pétain, en qui il voit un sauveur, marque le point de rupture de sa carrière. S’il agit par conviction traditionaliste, cet engagement lui vaudra, à la Libération, d’être frappé par l’épuration et mis au ban de la vie littéraire officielle.

Il finit sa vie dans une certaine solitude, continuant d’écrire et de témoigner de ce qu’il croit être la vérité, sans jamais renier ses amitiés ni ses combats.

René Benjamin meurt à Savonnières le 4 octobre 1948.

Aujourd’hui, l’œuvre de René Benjamin mérite d’être lue par-delà les clivages politiques de son temps. On y découvre un styliste hors pair, un homme qui a su donner au journalisme et au roman une vitalité rare. Son influence se lit chez tous ceux qui pratiquent l’art de la satire et du portrait psychologique.

Réalisations et Œuvres Marquantes

La bibliographie de René Benjamin est d’une densité exceptionnelle, couvrant tous les genres avec une verve constante.

Romans et Récits de Guerre :

  • 1915 : Gaspard – Prix Goncourt. Le roman qui a révolutionné le récit de guerre par sa vérité humaine et son langage populaire.
  • 1917 : Le Major Pipe et son père – Une observation fine de l’alliance franco-britannique pendant le conflit.
  • 1918 : Les Rapatriés – Témoignage poignant sur le retour des populations civiles.

Satires et Portraits de Mœurs :

  • 1921 : La Farce de la Sorbonne – Une charge féroce contre l’institution universitaire.
  • 1823 : Le Juge de paix – Une dissection des rouages de la justice locale.
  • 1925 : Les Plaisirs du hasard – Une pièce de théâtre qui montre son aisance dans le dialogue comique.

Biographies et Essais :

  • 1925 : La Prodigieuse Vie d’Honoré de Balzac – Considérée comme l’une de ses plus belles réussites dans le genre biographique.
  • 1927 : Molière – Un portrait vibrant du dramaturge.
  • 1933 : Sacha Guitry, roi du théâtre – Hommage à son contemporain et ami.

Distinctions :

  • 1915 : Prix Goncourt.
  • 1938 : Élection à l’Académie Goncourt.
  • Conférencier de renommée internationale : Il a parcouru l’Europe et l’Amérique du Sud, portant la culture française avec une éloquence légendaire.