Qui est Vaslav NIJINSKI ?
Date de naissance : 12 mars 1889 (Kiev, Ukraine).
Date du décès : 8 avril 1950 (Londres, Royaume-Uni) à 61 ans.
Activité principale : Danseur et chorégraphe.
Où est la tombe de Vaslav NIJINSKI ?
La tombe de Vaslav NIJINSKI est située dans la division 22.
La tombe de Vaslav NIJINSKI au Cimetière de Montmartre
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Biographie de Vaslav NIJINSKI
Né à Kiev le 12 mars 1889 dans une famille de danseurs d’origine polonaise, Vaslav Nijinski grandit dans l’univers du ballet presque avant de savoir lire. Ses parents, artistes itinérants, lui transmettent très tôt la discipline de la scène autant que l’instinct du mouvement. Cette enfance placée sous le signe du spectacle façonne un tempérament d’exception, à la fois rigoureux et intensément expressif. Formé à l’École impériale de ballet de Saint-Pétersbourg, il se distingue rapidement par des dons hors du commun. Sa technique, sa légèreté spectaculaire et la qualité presque irréelle de ses sauts frappent ses maîtres comme le public. À une époque où la danse masculine est souvent reléguée au second plan, il impose d’emblée une présence singulière, capable de rivaliser avec les plus grandes ballerines de son temps.
À sa sortie de l’école, il rejoint le Théâtre Mariinsky, haut lieu du ballet impérial russe, où il confirme son talent exceptionnel. Mais c’est surtout sa rencontre avec Serge de Diaghilev qui donne à sa carrière une dimension décisive. Intégré aux Ballets russes, la troupe fondée par Diaghilev, Nijinski devient en quelques années l’une des figures les plus célèbres de la scène européenne. Le succès des tournées à Paris et dans les grandes capitales transforme ce jeune danseur en mythe vivant. Le public découvre un interprète d’une intensité rare, capable d’allier virtuosité, tension dramatique et modernité du geste. Son nom s’attache à des œuvres majeures qui marquent l’histoire du ballet, parmi lesquelles Le Spectre de la rose, Schéhérazade, Narcisse et surtout Petrouchka, où il donne au personnage une profondeur bouleversante.
Ce qui fascine chez Nijinski n’est pas seulement la perfection de l’exécution, mais une manière nouvelle d’habiter le corps dansant. Son art semble rompre avec l’élégance convenue pour atteindre une forme d’incandescence. Il possède une élévation célèbre, au point d’alimenter très tôt la légende d’un danseur suspendu dans l’air. Mais cette prouesse physique ne suffit pas à expliquer son impact. Nijinski est aussi un interprète dramatique d’une intensité peu commune, capable de rendre visibles la fragilité, le désir, l’angoisse ou la violence. Avec lui, la danse masculine cesse d’être simple démonstration ou soutien de la ballerine : elle retrouve une puissance centrale. Les créations des Ballets russes, qui réunissent chorégraphes, musiciens, peintres et décorateurs parmi les plus novateurs de leur époque, trouvent en lui un interprète idéal, apte à incarner les audaces esthétiques les plus neuves.
Il ne tarde pas à franchir une autre étape en devenant chorégraphe. En 1912, il signe L’Après-midi d’un faune, sur la musique de Claude Debussy, œuvre décisive qui provoque autant l’admiration que le scandale. Rompant avec les conventions du ballet classique, Nijinski y privilégie des profils stylisés, des gestes anguleux, une écriture inspirée de l’art antique et des bas-reliefs. Le langage chorégraphique s’éloigne volontairement du naturel pour explorer une forme de tension plastique inédite. L’année suivante, il crée Jeux, puis surtout Le Sacre du printemps sur la musique d’Igor Stravinsky. La première, restée célèbre, déclenche un tumulte retentissant. Cette chorégraphie radicale, fondée sur l’ancrage au sol, les masses, les ruptures et une énergie rituelle, ouvre une brèche dans l’histoire de la danse. Si l’œuvre déconcerte alors une partie du public, elle apparaît aujourd’hui comme l’un des grands actes fondateurs de la modernité chorégraphique.
La trajectoire de Nijinski, pourtant fulgurante, est aussi marquée par des crises et des ruptures. Sa relation avec Diaghilev, essentielle à son ascension, se brise après son mariage avec Romola de Pulszky en 1913. Cette séparation a des conséquences immédiates sur sa carrière, car Diaghilev l’écarte des Ballets russes. Nijinski tente alors de poursuivre son chemin de manière plus indépendante, sans retrouver les conditions artistiques qui avaient porté son génie au plus haut. La Première Guerre mondiale bouleverse encore davantage sa situation. Au fil des années, son équilibre psychique se fragilise. Les troubles qui l’atteignent, de plus en plus graves, interrompent progressivement son activité scénique. Le danseur et chorégraphe qui avait incarné l’avant-garde la plus éclatante se retrouve bientôt éloigné de la scène, emporté dans un long combat contre la maladie.
Une partie de son existence se déroule ensuite dans l’ombre, au gré de soins, de séjours en établissements spécialisés et de périodes de retrait. Malgré cette disparition précoce de la vie artistique active, son aura ne s’éteint pas. Ses contemporains, puis les générations suivantes, continuent de voir en lui un artiste hors norme, dont le souvenir dépasse largement le nombre pourtant restreint de chorégraphies conservées de son vivant. Ses écrits personnels, notamment ses Cahiers, publiés plus tard sous le titre Journal de Nijinski, ont aussi contribué à faire entendre une voix intérieure poignante, révélant une sensibilité extrême et un rapport au monde d’une intensité singulière. Même lorsque son œuvre scénique ne subsiste qu’à travers des témoignages, des dessins, des photographies et des reconstructions, son influence demeure profonde.
Vaslav Nijinski meurt à Londres le 8 avril 1950, à l’âge de 61 ans. Il laisse l’image d’un artiste météorique, dont la carrière, brève au regard de son importance, a suffi à transformer durablement l’histoire de la danse. Interprète prodigieux, il a redonné au danseur masculin une place centrale et héroïque. Chorégraphe visionnaire, il a contribué à faire entrer le ballet dans le XXe siècle en brisant les habitudes du mouvement, de la narration et de la représentation du corps. Peu de figures ont suscité une telle combinaison de fascination, de scandale, d’admiration et de mystère. Plus d’un siècle après ses triomphes, Nijinski demeure l’un des noms les plus puissants du monde chorégraphique, symbole d’un art à la fois sublime, révolutionnaire et tragiquement fragile.