Qui est Jenny COLON ?
Date de naissance : 5 novembre 1808 (Boulogne-sur-Mer, France).
Date du décès : 5 juin 1842 (Paris, France) à 33 ans.
Activité principale : Actrice, chanteuse lyrique.
Nom de naissance : Marguerite Colon.
Où est la tombe de Jenny COLON ?
La tombe de Jenny COLON est située dans la division 22.
La tombe de Jenny COLON au Cimetière de Montmartre
COLON Marguerite dite Jenny COLON, Jenny COLON-LEPLUS, (1808-1842), actrice et chanteuse lyrique (soprano).
Maixentais, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons
Biographie de Jenny COLON

Portrait de Jenny Colon : actrice et chanteuse lyrique, 1837.
Alphonse-Léon Noël, CC0, via Wikimedia Commons
Le Paris des années 1830 ne jurait que par son nom, captivé par une silhouette qui semblait condenser à elle seule toute la grâce et la mélancolie de l’époque romantique. Jenny Colon ne fut pas seulement une voix de l’Opéra-Comique ; elle fut une incarnation vivante de la muse, une artiste dont le passage sur les scènes parisiennes fut aussi bref qu’incandescent. En une dizaine d’années, elle a su transformer le paysage du théâtre musical, imposant une diction d’une clarté absolue et un jeu de scène d’une modernité frappante. Mais au-delà de ses succès lyriques, elle reste cette figure insaisissable qui hante encore l’histoire de la littérature, immortalisée par la passion dévorante de Gérard de Nerval. Redécouvrir Jenny Colon, c’est explorer le destin d’une professionnelle de la scène qui, derrière l’image idéalisée par les poètes, a lutté pour imposer son talent dans l’arène féroce des théâtres de la capitale.
Une Enfance Parisienne : Les Racines de la Scène
L’histoire de Jenny Colon commence le 23 avril 1808 à Paris. Née au cœur de la capitale, elle grandit dans un environnement imprégné par le monde du spectacle. Sa mère est actrice et son père, bien que fonctionnaire, est un passionné de théâtre. Dès son plus jeune âge, Jenny est immergée dans cet univers fascinant. Elle fréquente les coulisses, observe les répétitions et nourrit le rêve de fouler un jour les planches.
Ses prédispositions pour le chant sont précoces. Elle possède une voix pure, agile et un sens inné de la mélodie. Ses parents, conscients de son talent, l’encouragent dans cette voie. Elle suit des cours de solfège et de chant, s’exerce au piano et affine son jeu de scène. Paris est alors le cœur battant de la vie musicale française, avec ses salles prestigieuses, ses troupes talentueuses et ses compositeurs renommés. C’est dans cet environnement exigeant que Jenny Colon va construire sa réputation. Elle se distingue par des qualités qui comptent beaucoup sur les scènes de son temps : la netteté de la diction, l’élégance du jeu, l’aisance dans le répertoire léger et un charme naturel capable de séduire immédiatement le public. À une époque où l’interprète doit savoir autant jouer que chanter, elle incarne ce type de chanteuse-actrice complet, apprécié des directeurs de théâtre comme des spectateurs.
L’Éveil au Théâtre Lyrique : Les Débuts Prometteurs
Jenny Colon ne brûle pas les étapes. Elle commence par se faire un nom dans des troupes secondaires, là où l’on apprend la rigueur des tournées et l’exigence d’un public qui ne pardonne rien. Ses premières apparitions sur les scènes de province, puis dans de petits théâtres parisiens, révèlent une artiste qui possède déjà cette « étincelle » nécessaire pour percer. Son physique, fragile et distingué, sert magnifiquement les rôles de jeunes premières.
C’est cette combinaison de fraîcheur et de maîtrise technique qui séduit les directeurs de salles. Au début des années 1830, le public parisien cherche de nouveaux visages pour renouveler un genre qui s’essouffle : l’opéra-comique. Jenny apporte avec elle une manière neuve d’habiter les airs, comme si elle racontait une histoire plutôt que de simplement l’interpréter. Elle n’est pas une diva distante ; elle est une interprète de l’immédiat, capable de passer du rire aux larmes en une mesure, ce qui fascine les compositeurs de son temps.
Le Succès à l’Opéra-Comique : L’Invention d’un Style Français
Jenny Colon mène l’essentiel de sa carrière dans le domaine de l’opéra-comique, un genre particulièrement apprécié à Paris qui mêle dialogues parlés et numéros chantés. Elle s’impose progressivement comme une interprète incontournable, dont le talent s’adapte parfaitement à des ouvrages où la musique doit rester proche de la sensibilité dramatique et de la clarté de la langue française. Son nom circule dans le milieu artistique, où l’on remarque sa fraîcheur, son tempérament et son aptitude à donner du relief aux rôles qui lui sont confiés.
Sa notoriété repose moins sur une longévité exceptionnelle que sur l’impression vive qu’elle laisse à ses contemporains. Elle incarne cette féminité moderne, à la fois distinguée et accessible, qui séduit les compositeurs comme le public. Sa voix, bien que n’étant pas d’une puissance phénoménale, possède une agilité et un timbre qui conviennent à merveille au répertoire léger. Elle excelle dans les rôles de soubrettes délurées, de jeunes premières ingénues ou de femmes de tête, apportant à chaque personnage une nuance personnelle. Sa réussite dans l’opéra-comique confirme sa légitimité et la projette vers une décennie de succès ininterrompus.
1832 : L’Année du « Pré aux clercs » et de la Consécration
L’année 1832 marque un tournant décisif dans la carrière de Jenny Colon. C’est l’année de la création du Pré aux clercs de Ferdinand Hérold à l’Opéra-Comique. Cet ouvrage, qui mêle intrigue historique, romance et numéros musicaux brillants, est un immense succès critique et populaire. Jenny Colon y incarne le rôle d’Isabelle de Montal, une jeune noble protestante prise dans les tourments des guerres de religion. Sa performance est acclamée par la presse et le public. Sa diction impeccable, son jeu émouvant et sa virtuosité vocale font merveille dans ce rôle exigeant.
Le succès du Pré aux clercs consacre Jenny Colon comme l’une des plus grandes cantatrices de son temps. Elle devient une figure incontournable de la scène parisienne, sollicitée par les plus grands compositeurs et directeurs de théâtre. Sa notoriété dépasse les frontières du monde de la musique : elle inspire les poètes, fascine les écrivains et devient un sujet de conversation dans les salons mondains. C’est la naissance d’une étoile du spectacle romantique, dont l’élégance et le talent contribuent à façonner la mythologie du théâtre lyrique.
Gérard de Nerval et la Muse Idéalisée
La place de Jenny Colon dans l’histoire culturelle française tient aussi à sa relation complexe et tragique avec le poète Gérard de Nerval. Passionné d’art et de théâtre, Nerval éprouve pour la cantatrice une passion célèbre, une obsession qui va marquer sa vie et son œuvre de manière indélébile. Cette relation, souvent évoquée dans les biographies du poète, a contribué à inscrire Jenny Colon dans une mémoire littéraire dépassant le seul cadre musical. Pour Nerval, Jenny Colon devient Aurélia, la muse idéale, la femme aimée et inaccessible, éternisée dans ses poèmes et ses récits.
Sans réduire l’identité de Jenny Colon à cette proximité littéraire, il faut reconnaître que cette rencontre a nourri la postérité de son image et témoigne de la fascination qu’elle exerçait dans les milieux artistiques parisiens. Elle incarne cette figure de la muse évanescente, à la fois réelle et idéalisée, dont le souvenir continue de hanter l’imaginaire romantique. Cette relation, bien que source de souffrance pour Nerval, a contribué à fixer le nom de Jenny Colon dans la constellation des étoiles du romantisme littéraire.
La Chute : Une Disparition Tragique et Précoce
Au début des années 1840, la brillante carrière de Jenny Colon commence à donner des signes de fatigue. Sa santé se fragilise. Ses proches s’inquiètent de son épuisement, de cette manière qu’elle a de vivre à bout de souffle. Pourtant, elle continue de se produire sur scène, de chercher des rôles qui font sens. Elle s’est mariée au flûtiste Louis-Marie-Gabriel Leplus, mais l’équilibre entre sa vie de famille et les exigences de la scène est précaire.
Le 3 juin 1842, le monde artistique parisien est sous le choc. Jenny Colon meurt à Paris, quelques jours seulement après son trente-quatrième anniversaire. C’est l’arrêt brutal d’un parcours exceptionnel, la fin d’une promesse inachevée.
Réalisations et Œuvres Marquantes
Bien que sa carrière ait été foudroyée, Jenny Colon a laissé derrière elle des rôles qui ont défini le goût de son époque. Voici une liste sélective de ses prestations et créations majeures :
Créations et Rôles Importants :
- 1832 : Le Pré aux clercs de Ferdinand Hérold – Création du rôle d’Isabelle de Montal à l’Opéra-Comique.
- 1834 : Le Chalet d’Adolphe Adam – Une création majeure où son talent d’actrice et de chanteuse fut plébiscité.
- 1835 : Le Postillon de Lonjumeau d’Adolphe Adam – Elle y interprète l’un des rôles féminins principaux.
- 1836 : L’Ambassadrice de Daniel-François-Esprit Auber – Elle y brille par son élégance et sa diction.
- 1837 : Le Domino noir de Daniel-François-Esprit Auber – Une autre collaboration avec le maître du genre.
- Théâtre des Variétés : De nombreuses apparitions dans des vaudevilles et des comédies musicales entre 1825 et 1830.
- Gymnase-Dramatique : Plusieurs rôles de jeunes premières sous la direction de Scribe.
Inspiration Littéraire :
- Inspiratrice de Gérard de Nerval : Elle est le modèle de la muse dans Aurélia ou le Rêve et la Vie ainsi que dans les Filles du feu.