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Tombe : Ernest RENAN

Qui est Ernest RENAN ?

Date de naissance : 28 février 1823 (Tréguier, France).
Date du décès : 2 octobre 1892 (Paris 5e, France) à 69 ans.
Activité principale : Écrivain, philosophe.
Nom de naissance : Joseph Ernest Renan.

Où est la tombe d’Ernest RENAN ?

La tombe d’Ernest RENAN est située dans la division 22.

La tombe d’Ernest RENAN au Cimetière de Montmartre

Tombe d’Ernest Renan dans le caveau de sa belle-famille Scheffer. Division 22 du cimetière de Montmartre.
Jérôme Galichon, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Biographie d’Ernest RENAN

Portrait of Ernest Renan (1823-1892).
Antoine Samuel Adam-Salomon, Public domain, via Wikimedia Commons

La jeunesse de Renan est celle d’un premier de classe promis aux plus hautes fonctions ecclésiastiques. De Tréguier à Saint-Sulpice, à Paris, il s’immerge dans les textes sacrés. Mais l’étude de l’hébreu et de l’exégèse biblique agit sur lui comme un lent poison pour ses certitudes dogmatiques. En comparant les textes, en analysant leurs origines linguistiques, il s’aperçoit que les Écritures sont des œuvres humaines, ancrées dans une histoire et une culture précises.

En 1845, c’est la rupture : il quitte le séminaire. Ce n’est pas une révolte bruyante, mais un divorce intellectuel douloureux. Renan ne devient pas pour autant un athée militant ; il reste un « religieux de la science ». Pour lui, la quête de la vérité historique remplace la dévotion. Il se jette à corps perdu dans l’étude des langues sémitiques, convaincu que la philologie — l’étude des textes dans leur langue d’origine — est la clé pour comprendre l’évolution de la civilisation humaine.

La Vie de Jésus : L’Homme derrière le Dieu

En 1863, Renan publie un livre qui va mettre le feu aux poudres de la société impériale : la Vie de Jésus. Ce n’est pas un pamphlet contre le christianisme, mais quelque chose de bien plus radical pour l’époque : une biographie historique. Renan y présente Jésus non comme le fils de Dieu, mais comme un « homme incomparable », un génie moral né dans le paysage de Galilée.

Le retentissement est mondial. L’Église crie au sacrilège, les dévots s’insurgent, mais le public s’arrache l’ouvrage. Renan introduit dans le foyer des Français l’idée que le sacré peut être un objet d’étude scientifique. Son style, d’une élégance souveraine et d’une grande fluidité, rend les questions les plus ardues accessibles à tous. Avec ce livre, qui n’est que le premier tome de sa monumentale Histoire des origines du christianisme, il installe définitivement la figure de l’intellectuel comme arbitre de la vérité, au-dessus des dogmes établis.

Qu’est-ce qu’une Nation ? L’Idéal de la Volonté

Si Renan a marqué les esprits par sa lecture des religions, il a aussi forgé l’un des piliers de l’identité politique française. En 1882, dans une célèbre conférence à la Sorbonne, il pose la question : « Qu’est-ce qu’une nation ? ». Refusant les définitions fondées sur la race, la langue ou la religion — des critères qu’il juge dangereux et exclusifs —, il propose une vision révolutionnaire.

Pour Renan, la nation est un « plébiscite de tous les jours ». Elle repose sur deux piliers : un héritage de souvenirs partagés (souvent faits de souffrances communes) et le désir actuel de vivre ensemble. Cette conception volontariste et élective de la nation est une réponse directe aux théories germaniques de l’époque. Elle définit la France comme une communauté de destin choisie, et non subie par le sang, une idée qui reste le fondement de notre modèle républicain.

L’Autorité du Collège de France : La Science comme Sagesse

La maturité de Renan est celle d’une consécration institutionnelle, malgré les polémiques. Nommé au Collège de France, il en devient l’administrateur et incarne l’excellence académique française. Sa pensée s’élargit aux questions de l’avenir de la science et du progrès de l’esprit humain. Il rêve d’un monde où la connaissance remplacerait les superstitions, sans pour autant perdre le sens de la poésie et du mystère qui habite l’humanité.

Ses Souvenirs d’enfance et de jeunesse, publiés à la fin de sa vie, montrent un homme serein, capable d’ironie sur lui-même et sur son parcours. Il y réconcilie ses racines bretonnes, empreintes de merveilleux, avec sa rigueur de savant parisien. Il meurt le 2 octobre 1892, entouré d’une considération immense, laissant derrière lui l’image d’un sage qui a su traverser le siècle des doutes en gardant pour seule boussole la probité intellectuelle.

L’Héritage : Le Père de l’Histoire des Religions

Ernest Renan a fait entrer la France dans la modernité intellectuelle en séparant la foi de la science. Son héritage est celui de la laïcité de l’esprit : on peut respecter le sentiment religieux tout en soumettant les institutions religieuses à l’examen critique. Il a ouvert la voie à l’histoire des religions telle que nous la pratiquons aujourd’hui, libérée de l’apologétique.

Son style, ce « ton Renan » fait de nuances, de nuances de nuances et d’une politesse exquise envers l’adversaire, a influencé des générations d’écrivains et de penseurs. S’il a pu être critiqué pour certaines visions propres à son époque, son courage face aux dogmes et sa définition de la nation comme contrat moral font de lui un auteur d’une actualité brûlante. Il demeure le gardien d’une certaine idée de la France : celle qui préfère la lumière de l’analyse à l’ombre des certitudes.

Réalisations et Œuvres Marquantes

L’œuvre d’Ernest Renan est une somme monumentale mêlant érudition sémitique, fresques historiques et essais philosophiques.

Histoire des Religions et Philologie :

  • 1848 : L’Avenir de la science – Un manifeste sur la foi nouvelle en la connaissance humaine (publié en 1890).
  • 1852 : Averroès et l’averroïsme – Sa thèse, qui renouvelle l’étude de la philosophie arabe.
  • 1863 : Vie de Jésus – Son plus grand succès, premier volume de l’Histoire des origines du christianisme (7 volumes parus jusqu’en 1881).
  • 1887-1893 : Histoire du peuple d’Israël – Une vaste fresque en 5 volumes consacrée à l’Ancien Testament.

Essais et Conférences Politiques :

  • 1871 : La Réforme intellectuelle et morale – Réflexion sur la France après la défaite contre la Prusse.
  • 1882 : Qu’est-ce qu’une nation ? – Sa conférence fondatrice sur le contrat social national.
  • 1883 : Souvenirs d’enfance et de jeunesse – Ses mémoires, où il évoque notamment ses racines bretonnes.

Distinctions et Postérité :

  • 1878 : Élection à l’Académie française.
  • 1883 : Administrateur du Collège de France.
  • Panthéon : Bien qu’enterré au cimetière de Montmartre, une plaque commémorative lui rend hommage au Panthéon pour son rôle dans l’histoire des idées.