Qui est Carole FREDERICKS ?
Date de naissance : 5 juin 1952 (Springfield, Massachusetts, États-Unis).
Date du décès : 7 juin 2001 (Dakar, Sénégal) à 49 ans.
Activité principale : Chanteuse de Soul, Gospel et Variété française, Choriste de légende.
Famille : Sœur du bluesman Taj Mahal et de la chanteuse Connie Fredericks-Malone.
Où est la tombe de Carole FREDERICKS ?
La tombe de Carole FREDERICKS est située dans la division 22 du cimetière de Montmartre.
La tombe de Carole FREDERICKS au Cimetière de Montmartre

Sépulture de Carole Fredericks. Sa tombe est ornée d’une plaque rappelant son sourire et sa voix légendaire.
ManoSolo13241324, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons
Biographie de Carole FREDERICKS

Carole Fredericks, une présence solaire sur la scène française.
Domaine Public via Wikimedia Commons
Les racines du Massachusetts : Une dynastie musicale
Carole Fredericks voit le jour le 5 juin 1952 à Springfield, dans le Massachusetts, au sein d’une famille où le silence n’existe pas. Chez les Fredericks, la musique est le langage premier. Son père, pianiste de jazz dont les ancêtres venaient de Saint-Kitts aux Caraïbes, et sa mère, chanteuse de gospel émérite, transmettent à leurs dix enfants une culture musicale hybride. Carole grandit entre les cantiques sacrés le dimanche matin et les sessions de blues et de jazz le samedi soir. Elle est la sœur cadette de Henry St. Claire Fredericks Jr., qui marquera l’histoire de la musique sous le nom de Taj Mahal. C’est en observant son frère et en chantant dans les chorales locales qu’elle forge cette technique vocale qui ne la quittera plus : une puissance de projection impressionnante alliée à une sensibilité soul capable de fendre l’armure des plus sceptiques.
Dès l’adolescence, elle se distingue par sa tessiture de soprano capable de descendre dans les graves avec une rondeur typique de la musique noire américaine. Elle tente une première fois sa chance en Californie à 20 ans, fréquentant les clubs de San Francisco, mais elle sent qu’elle n’est encore qu’une voix parmi d’autres dans un marché américain saturé. C’est alors qu’une intuition, mêlée aux conseils d’amis artistes, la pousse à regarder vers l’Europe. En janvier 1979, sans parler un mot de français, elle atterrit à Paris. Ce qui devait être une escapade devient le point de départ d’une des carrières les plus riches de la chanson française.
L’âge d’or des choristes à Paris (1980-1989)
À la fin des années 70, la variété française cherche un second souffle. Les producteurs s’arrachent les voix anglo-saxonnes pour apporter du relief aux arrangements pop. Carole Fredericks devient immédiatement la « choriste de luxe » du tout-Paris. Sa capacité à comprendre les harmonies instantanément et sa ponctualité exemplaire en font une collaboratrice incontournable. Son premier contrat majeur est pour Johnny Hallyday. Elle l’accompagne sur des tournées marathon, apportant cette énergie gospel qui manquait au rock du « Taulier ».
Mais Johnny n’est que le sommet de l’iceberg. Carole prête sa voix à Michel Berger et France Gall, devenant un pilier de leurs productions millimétrées. On l’entend sur les albums de Mylène Farmer, pour qui elle apporte du coffre sur des refrains synthétiques. Elle collabore avec Julien Clerc, Lio, et même Dalida. Durant cette décennie, elle est sur tous les fronts, des plateau de télévision de Michel Drucker aux studios de la Grande Armée. C’est en 1982 qu’elle pose ses premiers chœurs sur l’album Minoritaire de Jean-Jacques Goldman. Ce dernier, perfectionniste, est subjugué par le rire et la précision de Carole. Une amitié indéfectible naît entre l’Américaine déracinée et l’auteur-compositeur le plus populaire de France.
L’aventure Fredericks Goldman Jones : La consécration mondiale
En 1990, Goldman est au sommet mais s’épuise dans sa carrière solo. Il veut partager le poids de la célébrité. Il appelle son vieil ami guitariste Michael Jones et Carole Fredericks. Pour la première fois, elle n’est plus « la voix derrière », elle est un tiers du groupe. Le trio Fredericks Goldman Jones change le paysage musical français. Leur premier album éponyme est une déferlante. Des titres comme « À nos actes manqués » (influencé par la world music que Carole aimait tant) ou « Né en 17 à Leidenstadt » (une réflexion profonde sur l’histoire) deviennent des standards instantanés.
Carole Fredericks, Jean-Jacques Goldman, Michael Jones – Juste après (Clip officiel)
Sur scène, Carole est une force de la nature. Elle apporte une dimension spirituelle et physique aux concerts. Le public français l’adopte définitivement. En 1993, le trio publie Rouge, un album ambitieux enregistré avec les Chœurs de l’Armée Rouge. La puissance vocale de Carole, mêlée à la force des chœurs russes, crée des moments de grâce absolue, comme sur le titre « Juste après ». Elle devient l’ambassadrice d’une France métissée, prouvant que le talent n’a pas de frontières.
Le passage en solo : L’affirmation d’une identité Soul
Après la mise en sommeil du trio en 1995, consécutive à la volonté de Jean-Jacques Goldman de se mettre en retrait, Carole Fredericks doit relever le défi le plus complexe de sa carrière : exister par elle-même, loin du giron protecteur du trio et de son auteur fétiche. Elle doit prouver qu’elle n’est pas seulement « la voix soul de Goldman », mais une artiste à part entière. C’est ainsi qu’elle publie, en 1996, son premier véritable album studio en solo, symboliquement intitulé Springfield, en hommage à sa ville natale. Cet album, enregistré entre Paris et les États-Unis, est un retour aux sources. Chanté majoritairement en anglais, il explore les territoires du blues, de la soul et du gospel qui ont bercé son enfance. Elle y revisite ses racines avec une sincérité désarmante. L’album est bien accueilli par la critique, qui salue la maturité de l’interprète, mais il peine à trouver un large public en France, un pays qui l’a adoptée pour sa contribution à la variété francophone.
Loin de se décourager, Carole persévère et revient en 1999 avec un second opus, Couleurs et Parfums. Cet album est une œuvre de transition, plus équilibrée, où elle mêle ses influences américaines à des sonorités plus proches de la variété française moderne. Elle s’entoure pour l’occasion de jeunes auteurs talentueux, comme Jacques Veneruso, et son ami Jean-Jacques Goldman lui offre le titre « Qu’est-ce qui t’amène ? ». Elle signe également un tube remarqué, « Personne ne saurait », en duo avec le groupe R&B Poetic Lover, une collaboration audacieuse qui montre sa capacité à s’adapter aux nouvelles tendances musicales et à faire le pont entre les générations. Couleurs et Parfums est un succès commercial modéré, mais il assoit sa légitimité en tant qu’artiste solo, capable de porter un album entier de sa voix puissante et habitée.
Poetic Lover & Carole Fredericks – Personne ne saurait (Clip officiel HD)
L’engagement humanitaire : Un cœur grand comme l’Afrique
Parallèlement à sa carrière musicale, Carole Fredericks était une femme d’engagements. Sa générosité n’était pas une posture marketing, c’était un besoin vital de rendre ce que la vie lui avait donné. Elle était un pilier des Enfoirés et des Restos du Cœur, ne manquant jamais un rendez-vous pour aider les plus démunis. Sa présence aux Enfoirés, de 1992 à 2001, était attendue par le public. Elle y apportait son énergie dévorante, sa joie de vivre communicative et son rire tonitruant. Sa mort laissera un vide immense au sein de la « famille » des Enfoirés, Jean-Jacques Goldman lui rendant un hommage poignant lors du concert de 2002.
Mais son engagement s’étendait également au continent africain, une terre pour laquelle elle ressentait une profonde affinité culturelle et spirituelle. Elle multipliait les voyages, notamment au Sénégal, pour soutenir des projets éducatifs et médicaux. Elle était la marraine de plusieurs associations et participait régulièrement à des concerts de bienfaisance. Elle se sentait « chez elle » en Afrique, accueillie comme une sœur. C’est cet amour inconditionnel pour le Sénégal qui, cruellement, la mènera vers sa fin tragique.
Le dernier voyage à Dakar : La fin d’un sourire
Le destin de Carole Fredericks s’arrête brutalement le 7 juin 2001. Elle est à Dakar pour un concert caritatif, une cause qui lui tenait particulièrement à cœur. Elle vient de fêter ses 49 ans deux jours plus tôt. À la sortie de scène, alors qu’elle vient de donner une performance habitée, elle s’effondre dans sa loge, foudroyée par une crise cardiaque. La nouvelle de sa disparition provoque une onde de choc immense en France, en Afrique et aux États-Unis. Jean-Jacques Goldman et Michael Jones perdent plus qu’une partenaire de scène, ils perdent une sœur de cœur. Le public français, qui l’avait adoptée comme l’une des siennes, pleure la fin d’une voix d’or et d’un sourire légendaire.
Carole Fredericks est rapatriée et inhumée au cimetière de Montmartre. Elle repose désormais sous une stèle de granit sombre, simple et élégante, à l’image de sa personnalité.
Aujourd’hui, la Fondation Carole Fredericks, dirigée par sa sœur Connie, poursuit son œuvre éducative et culturelle, notamment en utilisant la musique pour enseigner le français aux États-Unis.