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Tombe : Claire BRETÉCHER

Qui est Claire BRETÉCHER ?

Date de naissance : 17 avril 1940 (Nantes, France).
Date du décès : 11 février 2020 (Paris 10e, France) à 79 ans.
Activité principale : Autrice de bande dessinée.
Nom de naissance : Claire Marie Anne Bretécher.
Conjoints : Bertrand Poirot-Delpech (de 1979 à 1983), Guy Carcassonne (de 1983 à 2013).

Où est la tombe de Claire BRETÉCHER ?

La tombe de Claire BRETÉCHER est située dans la division 20.

La tombe de Claire BRETÉCHER au Cimetière de Montmartre

Tombe de Guy Carcassonne et Claire Brétécher au cimetière de Montmartre.
ManoSolo13241324, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Biographie de Claire BRETÉCHER

Il y a dans le trait de Claire Bretécher une nervosité qui ressemble à l’époque qu’elle a si brillamment croquée : celle d’une France qui bascule de la rigueur des années 50 vers la confusion libérée des années 70. Née à Nantes le 17 avril 1940, elle n’est pas simplement une dessinatrice de génie ; elle est la femme qui a fait entrer la bande dessinée dans l’âge de la maturité et de l’autodérision. Avant elle, le neuvième art appartenait aux enfants ou aux héros sans peur ; avec elle, il est devenu le terrain de jeu des névroses urbaines, des contradictions bourgeoises et des premiers combats féministes.

En créant Les Frustrés ou Agrippine, Bretécher a inventé un genre, la « BD sociologique », et s’est imposée comme une observatrice impitoyable de ses contemporains. Redécouvrir Claire Bretécher, c’est suivre le parcours d’une pionnière qui, d’un trait de plume faussement négligé, a su faire rire une société de ses propres ridicules.

Claire Bretécher en 1973 à Montréal Fiche technique complémentaire: numérisation d’une diapositive. Appareil original: Nikon F Objectif Nikkor 43-86mm.
Gilles Desjardins, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

De Nantes à « Pilote » : L’Invasion d’un Monde d’Hommes

L’enfance de Claire Bretécher se déroule dans une famille nantaise qu’elle décrit volontiers comme sévère et corsetée. Très vite, le dessin devient pour elle un espace de liberté et, sans doute, sa première forme de résistance. Elle quitte sa province pour Paris avec une détermination tranquille, prête à forcer les portes d’un milieu alors exclusivement masculin : celui de la bande dessinée franco-belge.

Ses débuts sont marqués par sa collaboration à des titres prestigieux comme Tintin ou Spirou, mais c’est sa rencontre avec René Goscinny et son entrée à Pilote qui marquent le véritable tournant. Dans ce journal qui prône « l’amusement pour tous », elle détonne. Elle n’écrit pas des aventures de cow-boys ou de détectives ; elle commence à dessiner l’air du temps. Elle crée Cellulite, une princesse médiévale loin des canons de beauté, qui annonce déjà son goût pour la subversion des stéréotypes féminins. Bretécher est là, elle s’impose, et le milieu du dessin comprend qu’une voix singulière vient de naître.

L’Aventure de « L’Écho des Savanes » : L’Indépendance Totale

En 1972, Claire Bretécher commet un acte de sécession qui va changer l’histoire de la BD. Avec Marcel Gotlib et Nikita Mandryka, elle fonde L’Écho des Savanes. C’est une révolution : pour la première fois, des auteurs s’affranchissent des éditeurs pour créer un journal qui leur appartient, où la censure n’existe plus. Dans ces pages, elle lâche son trait, le rendant plus libre, plus jeté, et s’attaque à des sujets jusque-là tabous : la sexualité, la vie de couple, les doutes existentiels.

Cette période de liberté absolue lui permet de peaufiner ce qui deviendra sa marque de fabrique : l’observation clinique de la « gauche caviar » et des intellectuels parisiens. Elle ne juge pas, elle expose. Elle montre les hommes perdus face à l’émancipation des femmes, les parents dépassés par leur progéniture et la vacuité des discours militants de salon. Elle devient la dessinatrice du quotidien, celle qui capte le détail qui tue, l’expression qui trahit, la posture qui fait mouche.

Les Frustrés : Le Miroir du Nouvel Observateur

C’est dans les pages du Nouvel Observateur, à partir de 1973, que Claire Bretécher va connaître une gloire nationale avec sa série Les Frustrés. Chaque semaine, elle tend un miroir impitoyable à ses lecteurs. Ses personnages, souvent affalés dans des canapés design, discutent de psychanalyse, de révolution, de féminisme ou d’éducation alternative, tout en étant empêtrés dans leurs propres contradictions matérielles et affectives.

Roland Barthes, le grand sémiologue, la qualifie alors de « meilleur sociologue de l’année ». Bretécher réussit le tour de force d’être à la fois dedans et dehors : elle appartient à ce milieu intellectuel qu’elle croque, mais elle garde une lucidité qui l’empêche de céder à l’autosatisfaction. Ses planches deviennent des documents d’époque, capturant l’évolution des mœurs de la France d’après Mai 68 avec une acuité que bien des thèses universitaires lui envient.

Agrippine : La Radiographie de l’Adolescence

Dans les années 80, Claire Bretécher renouvelle son art en créant un personnage iconique : Agrippine. À travers cette adolescente révoltée, paresseuse et dotée d’un langage codé d’une inventivité folle, elle explore les rapports de force au sein de la famille moderne. Agrippine, c’est l’anti-héroïne par excellence, le portrait craché d’une génération née dans le confort et cherchant désespérément un sens à son ennui.

Avec Agrippine, Bretécher prouve qu’elle n’a rien perdu de sa vista. Elle dissèque les relations mère-fille, les amours adolescentes et la tyrannie des apparences avec un humour qui, s’il est décapant, n’est jamais dénué de tendresse. Elle invente des mots, des tics de langage, et fixe sur le papier la gestuelle avachie d’une jeunesse qui se cherche. La série est un immense succès populaire et confirme que Bretécher est une autrice universelle, capable de parler à toutes les générations.

La Femme Libre : Autoproduction et Discrétion

L’un des traits les plus remarquables de la carrière de Claire Bretécher est son choix, très précoce, de l’autoproduction. Elle a géré ses propres albums, ses droits et sa diffusion, refusant de se soumettre aux diktats des grands groupes éditoriaux. Cette indépendance financière lui a garanti une liberté de création totale jusqu’à la fin de sa carrière. Elle était une femme d’affaires redoutable cachée derrière un masque de nonchalance.

Malgré son immense succès, elle est toujours restée une figure discrète, fuyant les mondanités et les plateaux de télévision. Pour elle, tout était dans le dessin. Elle préférait le silence de son atelier parisien au bruit médiatique. Cette discrétion a nourri son aura : elle n’était pas une « célébrité », elle était une œuvre. Elle a ouvert la voie à des générations de dessinatrices (comme Florence Cestac ou Marjane Satrapi) en prouvant que la BD pouvait être un outil de compréhension du monde aussi puissant que le roman ou le cinéma.

L’Héritage : Un Regard Éternel sur nos Travers

Claire Bretécher s’est éteinte à Paris le 10 février 2020.

Claire Bretécher demeure cette observatrice, postée au coin du salon de l’histoire française, nous rappelant avec un sourire moqueur que l’homme est un animal social dont les contradictions sont la plus belle des matières premières.

Réalisations et Œuvres Marquantes

Claire Bretécher a laissé une œuvre qui a redéfini les contours de la bande dessinée contemporaine et du dessin de presse.

Séries et Albums Emblématiques :

  • 1969 : Cellulite – Sa première grande héroïne dans Pilote, une princesse médiévale féministe et maladroite.
  • 1973 : Salades de saison – Recueil de ses premières observations sociologiques.
  • 1975-1980 : Les Frustrés (5 tomes) – Son chef-d’œuvre, radiographie hilarante de la bourgeoisie intellectuelle des années 70.
  • 1982 : Les Mères – Une exploration sans tabou de la maternité et du quotidien des femmes.
  • 1988-2009 : Agrippine (8 tomes) – La saga culte de l’adolescence, adaptée en série animée pour la télévision.
  • 1991 : Tourista – Une parodie grinçante du tourisme de masse.

Engagements et Innovations :

  • Co-fondation de L’Écho des Savanes (1972) : Premier journal de BD géré par ses auteurs, marquant l’avènement de la BD pour adultes.
  • Pionnière de l’Autoproduction : Elle a été l’une des premières autrices à éditer elle-même ses albums sous son propre label.
  • Dessin de Presse : Collaboration historique avec Le Nouvel Observateur, où elle a publié une planche hebdomadaire pendant plus de trente ans.

Distinctions et Reconnaissances :

  • 1982 : Grand Prix spécial de la ville d’Angoulême pour l’ensemble de son œuvre (10e anniversaire).
  • Expositions : Plusieurs rétrospectives majeures, notamment à la Bibliothèque Publique d’Information du Centre Pompidou en 2015.
  • Influence culturelle : Elle est considérée comme l’inventrice de la « BD de mœurs », influençant durablement le dessin de presse français.