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Tombe : Eugène LABICHE

Qui est Eugène LABICHE ?

Date de naissance : 6 mai 1815 (Paris, France).
Date du décès : 22 janvier 1888 (Paris 9e, France) à 72 ans.
Activité principale : Dramaturge, journaliste, écrivain.

Où est la tombe de Eugène LABICHE ?

La tombe de Eugène LABICHE est située dans la division 17.

La tombe de Eugène LABICHE au Cimetière de Montmartre

Tombe de Eugène Labiche (cimetière de Montmartre, division 17).
Touron66, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Biographie de Eugène LABICHE

Photographie d’Eugène Labiche par Félix Nadar.
Nadar, Public domain, via Wikimedia Commons

Né à Paris le 5 mai 1815, Eugène Labiche grandit dans une France en pleine recomposition politique, entre la fin de l’Empire et les débuts de la Restauration. Issu d’un milieu bourgeois, il reçoit une éducation solide avant d’entreprendre des études de droit, conformément à un parcours jugé sérieux et respectable. Mais très tôt, c’est vers le théâtre qu’il se tourne. Ce choix n’a rien d’anodin : au XIXe siècle, la scène parisienne est un monde foisonnant, extrêmement vivant, où coexistent le drame romantique, le vaudeville, la comédie de mœurs et les spectacles populaires. Labiche y trouve son terrain idéal. Il comprend vite que l’observation aiguë de ses contemporains, l’art du dialogue et le sens du rythme peuvent faire de la comédie un miroir redoutablement efficace de la société.

Ses débuts ne sont pas ceux d’un auteur solitaire construisant patiemment une œuvre à l’écart des modes. Labiche entre dans le théâtre par la pratique, par l’écriture à plusieurs mains, selon un usage alors fréquent. Cette manière de travailler, loin de diminuer sa personnalité, l’aide au contraire à affiner une mécanique dramatique d’une précision remarquable. Dans les années 1830 et 1840, il s’impose progressivement dans le domaine du vaudeville et de la comédie légère. Il apprend à capter les ridicules ordinaires, les emballements absurdes, les ambitions médiocres et les emballements collectifs. Son théâtre repose sur une science du quiproquo, de l’enchaînement et de l’accélération, mais aussi sur une qualité d’écoute du langage social : chez lui, on parle comme on pense, et l’on pense souvent de travers, ce qui produit le rire.

Le succès véritable vient avec la maturité. À partir du milieu du siècle, Eugène Labiche devient l’un des auteurs les plus joués de son temps. Son nom s’attache à une série de pièces qui ont durablement marqué le répertoire comique français. Parmi elles, Un chapeau de paille d’Italie, Le Voyage de monsieur Perrichon, La Cagnotte, Doit-on le dire ?, La Poudre aux yeux ou encore Le Plus Heureux des trois comptent parmi les plus célèbres. Ces œuvres ne doivent pas leur longévité à une simple habileté de fabricant. Elles tiennent par leur efficacité théâtrale, bien sûr, mais aussi par leur portée d’observation. Labiche excelle à montrer la bourgeoisie du XIXe siècle dans ses contradictions : sûre de ses principes, avide de reconnaissance, obsédée par les convenances, prompte au calcul et pourtant perpétuellement débordée par l’imprévu. Son comique, souvent jubilatoire, n’est jamais purement gratuit ; il révèle les faux-semblants d’un monde qui se veut raisonnable et ne cesse de sombrer dans l’irrationnel.

Sa grande force est d’avoir donné à la comédie de vaudeville une densité inattendue. Chez lui, l’objet le plus banal, le détail le plus minuscule, l’incident le plus dérisoire peuvent provoquer des catastrophes en chaîne. Un chapeau perdu, un voyage entrepris, une somme mise en commun, une visite mondaine ou un dîner deviennent le point de départ de folles dérives. Cette maîtrise de la situation comique s’accompagne d’un sens très sûr des personnages. Labiche peint des types immédiatement reconnaissables — le bourgeois vaniteux, le père de famille autoritaire, l’ambitieux borné, le provincial naïf, l’arriviste ridicule — mais il leur donne assez de vérité pour qu’ils dépassent la caricature. Le spectateur rit de leurs égarements, mais reconnaît aussi dans cette agitation quelque chose de profondément humain. C’est ce mélange de mécanique et de justesse qui explique que ses pièces aient traversé les époques sans perdre leur vivacité.

Le regard que Labiche porte sur son temps n’a rien d’abstrait. Il montre une société travaillée par la recherche du confort, du rang et de l’apparence, dans laquelle les mots de l’honneur, de la morale ou du bon goût servent souvent à masquer l’égoïsme, la peur du ridicule ou l’appétit d’ascension sociale. Il ne procède pas par grandes démonstrations : tout passe par le détail concret, par le choc entre les intentions affichées et les comportements réels. C’est cette manière indirecte qui fait la finesse de son théâtre. Derrière l’allégresse des situations, il y a une critique précise des manies bourgeoises et une manière très française de faire de la comédie un art de dévoilement. Sans avoir la noirceur d’un satiriste féroce, Labiche met au jour l’absurdité des comportements ordinaires avec une légèreté souveraine.

Sa carrière est aussi celle d’un homme pleinement reconnu de son vivant. Auteur d’un très grand nombre de pièces, souvent écrites en collaboration, il occupe une place centrale dans la vie théâtrale parisienne pendant plusieurs décennies. Son succès public est considérable, et il finit par obtenir une reconnaissance institutionnelle qui consacre la solidité de son œuvre. Cette consécration marque une évolution importante du regard porté sur lui : longtemps associé au divertissement et à l’efficacité immédiate de la scène, Labiche apparaît de plus en plus comme un auteur majeur de la comédie française. Cette relecture n’a fait que s’amplifier après sa mort, lorsque metteurs en scène, comédiens et lecteurs ont redécouvert sous le brillant du vaudeville une œuvre d’une grande intelligence dramaturgique.

Dans les dernières années de sa vie, Eugène Labiche se retire progressivement de l’activité théâtrale, après avoir profondément marqué le paysage dramatique du XIXe siècle. Il meurt à Paris le 22 janvier 1888, à l’âge de 72 ans.

Peu d’auteurs ont su, avec une telle constance, transformer la vie sociale la plus quotidienne en machine comique d’une grande efficacité.

Signature autographe d Eugene Labiche – source lepassepresent.com
Passepresent, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons