Qui est Jean Honoré FRAGONARD ?
Date de naissance : 5 avril 1732 (Grasse, France).
Date du décès : 22 août 1806 (Paris, France) à 74 ans.
Activité principale : peintre, graveur.
Où est la tombe de Jean Honoré FRAGONARD ?
La tombe de Jean Honoré FRAGONARD est située dans la division 19.
La tombe de Jean Honoré FRAGONARD au Cimetière de Montmartre
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Biographie de Jean Honoré FRAGONARD
Né à Grasse le 5 avril 1732, Jean-Honoré Fragonard appartient à cette génération d’artistes qui ont porté à son sommet l’élégance du XVIIIe siècle français, tout en traversant l’un de ses plus grands bouleversements politiques. Fils d’un milieu modeste, il suit encore enfant sa famille à Paris, où se dessine très tôt sa vocation. Son goût du dessin s’affirme rapidement, au point de l’orienter vers la peinture alors qu’il est encore très jeune. Dans la capitale, il reçoit une première formation qui lui permet d’acquérir les bases du métier avant d’entrer dans l’atelier de François Boucher, l’un des artistes les plus en vue de son temps. Boucher reconnaît ses dispositions, mais juge plus utile de l’envoyer d’abord approfondir son apprentissage auprès de Jean Siméon Chardin. Cette double fréquentation n’est pas sans importance : d’un côté, le raffinement décoratif et l’invention brillante de Boucher ; de l’autre, la solidité du regard et la justesse du métier chez Chardin. Fragonard y gagne une formation à la fois souple et exigeante, qui nourrira toute son œuvre.
Son talent s’impose très tôt. En 1752, il remporte le prestigieux prix de Rome, distinction décisive pour un jeune peintre ambitieux. Ce succès lui ouvre les portes de l’Académie royale et, après un séjour préparatoire, de l’Italie, où il passe plusieurs années déterminantes. Comme beaucoup d’artistes de sa génération, il y étudie les maîtres anciens, la peinture baroque, les grands décors et la lumière du Sud. Mais il ne se contente pas d’apprendre par imitation. Son séjour italien façonne sa manière propre : un art du mouvement, de la spontanéité, de la notation vive, qui donne à ses figures et à ses paysages une liberté plus nerveuse que celle de bien des peintres d’apparat. Il dessine abondamment, observe les jardins, les villas, les fontaines, les effets d’ombre et de soleil. Cette expérience nourrit ensuite autant ses scènes galantes que ses paysages et ses esquisses, où l’on sent une main exceptionnellement rapide et inventive.
De retour en France, Fragonard s’impose dans les années 1760 et 1770 comme l’un des grands noms de la peinture de son temps. Il travaille pour une clientèle aristocratique et cultivée, friande d’images séduisantes, légères, sensuelles parfois, qui correspondent au goût de la fin du règne de Louis XV. Son nom reste avant tout attaché à cet univers de fêtes élégantes, de jardins secrets, de rendez-vous amoureux et de jeux du désir. Il y excelle sans jamais se réduire à une formule. Chez lui, la scène galante prend une intensité singulière grâce à la souplesse de la touche, à la fraîcheur de la couleur et à une manière de faire circuler l’air, la lumière et le mouvement dans la composition. Le Verrou, Les Hasards heureux de l’escarpolette ou encore les panneaux du cycle du Progrès de l’amour comptent parmi ses œuvres les plus célèbres et montrent l’étendue de son art : théâtral parfois, mais toujours animé, vif, sensuel, traversé d’une joie picturale immédiate. Son pinceau semble aller aussi vite que l’idée, ce qui donne à nombre de ses toiles un charme d’improvisation savamment maîtrisé.
Cette aisance ne doit pourtant pas masquer la diversité de son œuvre. Fragonard ne fut pas seulement le peintre d’un libertinage aimable devenu, avec le temps, l’un des symboles du rococo français. Il a aussi peint des scènes religieuses, des portraits, des paysages, des scènes de fantaisie et de nombreux dessins où se lit un sens aigu de l’observation. Certaines de ses figures en costume espagnol ou oriental, exécutées avec une virtuosité éblouissante, témoignent d’un goût pour l’effet immédiat, pour la présence du modèle saisie en quelques gestes souverains. Dans ses dessins comme dans ses huiles, il possède cette faculté rare de suggérer beaucoup avec peu, de faire naître une attitude, un climat, un éclat de rire ou une rêverie en quelques touches. Cette liberté de facture, qui plaît tant aujourd’hui, a parfois dérouté ses contemporains les plus attachés à une peinture plus sévère, plus historique ou plus morale. Elle fait pourtant de lui un artiste profondément moderne dans son rapport à la matière picturale.
Sa vie privée est liée à son activité artistique. Il épouse Marie-Anne Gérard, elle-même peintre miniaturiste, et le cercle familial demeure proche du monde des arts. Sa belle-sœur, Marguerite Gérard, deviendra elle aussi une artiste reconnue ; elle travaille longtemps dans une proximité intellectuelle et domestique avec Fragonard, au sein d’un environnement voué à la création. Cette dimension familiale compte, car elle rappelle que l’artiste n’évolue pas seul dans l’éclat des salons aristocratiques : il appartient aussi à un atelier, à une maison, à un tissu de relations professionnelles et affectives où se transmettent les savoir-faire. Fragonard n’est pas un théoricien, encore moins un peintre de manifeste ; il semble avoir avancé avant tout par la pratique, par le travail et par une prodigieuse capacité d’invention.
La Révolution française marque un tournant brutal. L’univers social qui avait porté une large part de sa carrière s’effondre, et avec lui le système de commandes qui convenait à son art. Les goûts changent. À la grâce capricieuse du XVIIIe siècle succède l’idéal néoclassique, plus austère, plus civique, incarné par d’autres peintres. Fragonard, si parfaitement accordé à l’esprit d’un monde finissant, voit sa position se fragiliser. Il n’en demeure pas moins actif dans le domaine artistique et bénéficie de soutiens qui lui permettent de conserver une place dans les institutions nouvelles. Son nom est notamment lié à l’ouverture du musée du Louvre, au moment où les collections royales deviennent patrimoine national. Mais sa peinture, elle, paraît de plus en plus appartenir à un autre âge. Comme il arrive souvent aux artistes les plus identifiés à une époque, il subit de son vivant même une forme d’éclipse, moins due à une baisse de talent qu’au déplacement des sensibilités.
Jean-Honoré Fragonard meurt à Paris le 22 août 1806, presque dans l’ombre, après avoir été l’un des peintres les plus brillants de la France d’Ancien Régime. Le XIXe siècle, longtemps réservé à son égard, le regardera d’abord comme le représentant d’un monde frivole balayé par l’histoire. Il faudra attendre une redécouverte plus attentive de la peinture du XVIIIe siècle pour que son génie soit pleinement reconnu. Aujourd’hui, son œuvre apparaît bien au-delà des clichés sur la légèreté rococo. Elle fascine par son énergie, son éclat, sa liberté et son intelligence du sentiment. Fragonard a su faire de la peinture un art du frémissement et de l’instant, où la grâce n’exclut ni la profondeur de l’œil ni la science du métier. Il demeure l’un des plus grands coloristes et l’un des plus inventifs peintres français de son siècle, capable de traduire aussi bien le plaisir du monde que sa fragilité, et de laisser dans l’histoire de l’art l’image d’un créateur aussi brillant qu’infiniment vivant.