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Tombe : Théophile GAUTIER

Qui est Théophile GAUTIER ?

Date de naissance : 30 août 1811 (Tarbes, France).
Date du décès : 23 octobre 1872 (Neuilly-sur-Seine, France) à 61 ans.
Activité principale : Écrivain, poète et critique d’art.
Nom de naissance : Jules Pierre Théophile Gautier.

Où est la tombe de Théophile GAUTIER ?

La tombe de Théophile GAUTIER est située dans la division 3.

La tombe de Théophile GAUTIER au Cimetière de Montmartre

Cimetière de Montmartre – Sépulture de Théophile Gautier.
MOSSOT, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Biographie de Théophile GAUTIER

Tarbes, le 30 août 1811. Sous le regard des Pyrénées naît un enfant qui passera sa vie à tenter de fixer, par l’encre, l’éclat des couleurs et la perfection des lignes. Théophile Gautier n’est pas venu au monde pour faire de la politique ou de la morale ; il y est venu pour voir, et pour faire voir.

Maison de naissance de Gautier à Tarbes.
Not stated, Public domain, via Wikimedia Commons

Peintre contrarié devenu poète par admiration pour Victor Hugo, il a traversé le XIXe siècle comme un dandy magnifique, drapé dans son célèbre gilet rouge, menant la charge contre les « philistins » et les partisans de l’utilité en art. Gautier fut l’homme de « l’Art pour l’Art », celui qui pensait qu’une belle strophe valait tous les discours du monde. Mais derrière l’esthète impassible se cachait un travailleur de la presse infatigable, un voyageur curieux de chaque relief de l’Europe et un conteur capable de réveiller les momies ou de faire briller les épées des capitaines de théâtre. Redécouvrir Théophile Gautier, c’est suivre la trajectoire d’un « bon Théo » dont la plume, tel un pinceau de maître, a sculpté quelques-unes des pages les plus plastiques et les plus durables de notre langue.

Photographie de Théophile Gautier par l’atelier de Félix Nadar.
Nadar, Public domain, via Wikimedia Commons

L’Atelier et la Plume : Une Jeunesse sous le Signe de l’Image

Rien ne semble plus marquer l’écriture de Gautier que son passage manqué par les ateliers de peinture. Jeune homme, il se voit pinceau à la main, fréquentant l’atelier de Rioult avec l’ambition de devenir le nouveau Delacroix. S’il abandonne finalement la toile pour la page, il garde de cette formation une rétine absolue. Pour lui, un mot n’est pas seulement un sens, c’est une couleur, une matière, une ombre portée. Paris, où sa famille s’installe alors qu’il est enfant, devient son terrain de jeu et son premier laboratoire visuel.

C’est dans cette effervescence qu’il rencontre le « père » du romantisme, Victor Hugo. Cette rencontre est un choc sismique. Gautier se jette dans la bataille romantique avec la ferveur d’un croisé. Le 25 février 1830, lors de la célèbre « bataille d’Hernani », il arbore ce gilet rose (ou rouge, selon la légende) qui devient l’étendard d’une jeunesse révoltée contre les perruques classiques. À cet instant, Gautier est le soldat du lyrisme, mais il porte déjà en lui les germes d’une révolution plus solitaire : celle de la forme pure.

Portrait de Théophile Gautier (1811-1872).
Auguste de Châtillon, Public domain, via Wikimedia Commons

Mademoiselle de Maupin : Le Manifeste de l’Art pour l’Art

En 1835, Gautier publie Mademoiselle de Maupin. Le roman, inspiré par la vie d’une cavalière travestie du XVIIe siècle, est une œuvre de liberté absolue, mêlant ambiguïté sexuelle et fantaisie baroque. Mais c’est surtout sa préface qui va faire l’effet d’une bombe. Dans un texte brillant et provocateur, Gautier y fustige les critiques qui demandent à l’art d’être « utile » ou « moral ».

C’est ici qu’il formule le dogme de « l’Art pour l’Art ». Pour Gautier, « il n’y a de vraiment beau que ce qui ne peut servir à rien ; tout ce qui est utile est laid ». Il revendique le droit de l’écrivain à ne chercher que la perfection esthétique, sans se soucier des progrès de l’humanité ou des bonnes mœurs. Cette position, radicale pour l’époque, fait de lui le chef de file d’une nouvelle génération d’esthètes et préfigure le mouvement du Parnasse. Il ne s’agit plus de pleurer sur son propre sort, mais de ciseler un objet parfait.

Émaux et Camées : La Poésie comme Travail d’Orfèvre

L’accomplissement poétique de Gautier porte un nom qui évoque immédiatement la bijouterie : Émaux et Camées. Publié pour la première fois en 1852 et sans cesse enrichi, ce recueil est le testament de sa méthode. Gautier y délaisse les grands épanchements sentimentaux pour des pièces brèves, travaillées comme des pierres précieuses. Il compare volontiers le poète au sculpteur ou au graveur de médailles.

Chaque poème est une leçon de précision. Le rythme est régulier, la rime est riche, le vocabulaire est technique. Gautier cherche la dureté du marbre ou de l’émail pour protéger l’émotion contre l’érosion du temps. Cette poésie « plastique » exerce une influence immense sur ses successeurs, de Baudelaire (qui lui dédicacera Les Fleurs du Mal en le traitant de « parfait magicien ès lettres françaises ») jusqu’aux Parnassiens. Avec Gautier, la poésie devient une discipline de la main autant que de l’esprit.

Le Voyageur à l’Œil de Peintre : L’Espagne et l’Orient

Gautier fut l’un des premiers grands « voyageurs-écrivains » modernes. En 1840, il part pour l’Espagne, un pays alors sauvage et peu exploré par les touristes. Son récit, Voyage en Espagne, est un chef-d’œuvre de reportage visuel. Là où d’autres chercheraient des thèses politiques, Gautier cherche des costumes, des architectures mauresques et des lumières de corrida. Il regarde le monde avec une curiosité gourmande, notant chaque détail de matière avec une précision de naturaliste.

Il poursuivra ses explorations en Italie, en Russie, à Constantinople et en Algérie. Ses récits de voyage sont des fenêtres ouvertes sur l’ailleurs, mais un ailleurs concret. Il déteste le flou. Pour lui, décrire une église moscovite ou une rue de Stamboul est un défi technique : comment trouver le mot exact pour rendre la nuance d’une coupole dorée ou le chatoiement d’une soie ? Ces voyages nourrissent son imaginaire et lui permettent d’échapper à la grisaille parisienne qu’il finit par exécrer.

Le Galérien de la Plume : Quarante ans de Critique

Il y a une face cachée, plus tragique, à la vie de Gautier : celle du « galérien du feuilleton ». Pour faire vivre sa famille et ses filles, Judith et Estelle, Gautier a dû s’enchaîner au journalisme quotidien. Pendant près de quarante ans, il a écrit des milliers d’articles de critique dramatique et d’art, souvent dans l’urgence, pour La Presse ou Le Moniteur. Il se plaignait souvent de cette « chaîne » qui l’empêchait de se consacrer à ses grandes œuvres.

Pourtant, cette contrainte a fait de lui le critique le plus influent de son temps. Son passé de peintre lui permet d’analyser un tableau avec une compétence technique rare, tandis que son amour du théâtre lui fait comprendre le jeu des acteurs comme personne. Gautier ne se contente pas de juger, il « traduit » les images en mots. Sa critique d’art est une véritable « ekphrasis » permanente, une tentative de substituer le verbe à la forme. Il est aussi l’un des premiers à prendre le ballet au sérieux, écrivant même le livret du célèbre ballet Giselle.

Le Capitaine Fracasse : Le Rêve du Théâtre Ancien

À la fin de sa vie, Gautier revient à ses amours de jeunesse avec Le Capitaine Fracasse (1863). Ce roman de cape et d’épée, qu’il avait promis depuis des décennies, est une lettre d’amour au théâtre itinérant du XVIIe siècle et au style picaresque. On y retrouve toute sa verve : le baron de Sigognac, ruiné dans son château délabré, rejoint une troupe de comédiens et devient le « Capitaine Fracasse ».

C’est un festival de descriptions rutilantes, de duels héroïques et de paysages mélancoliques. On sent que Gautier prend un plaisir immense à ressusciter le langage et les décors d’un passé fantasmé. Le succès est immédiat et immense. Le livre réconcilie l’esthète exigeant et le grand public, prouvant que la perfection du style n’empêche pas le souffle de l’aventure. C’est l’œuvre d’un homme qui, sentant la fin approcher, s’offre une dernière parade de théâtre sous les étoiles.

L’Héritage : Le Maître de la Modernité Plastique

Théophile Gautier s’éteint à Neuilly le 23 octobre 1872. S’il n’a jamais siégé à l’Académie française — un regret qui ne l’a pourtant jamais fait dévier de sa route — il est mort avec le respect de tous les grands esprits de son siècle. Flaubert, Baudelaire, Goncourt : tous reconnaissaient en lui le « maître », celui qui avait rendu à la langue française sa densité et sa splendeur visuelle.

Gautier a légué une œuvre qui refuse de choisir entre le rêve et la réalité. Que ce soit dans ses contes fantastiques comme La Morte amoureuse ou dans ses poèmes ciselés, il nous rappelle que la Beauté est la seule valeur qui résiste au néant. Il reste le patron de tous ceux qui pensent que le style n’est pas un luxe, mais une morale. Théophile Gautier demeure cet « impassible » magnifique qui, par-delà les siècles, continue de nous enseigner que le monde est un spectacle qu’il faut savoir regarder avant de le juger.

Réalisations et Œuvres Marquantes

La production de Théophile Gautier est colossale, s’étendant sur tous les genres littéraires avec une constante exigence de forme.

Poésie :

  • 1830 : Poésies – Ses débuts, encore très marqués par l’influence hugolienne.
  • 1832 : Albertus – Un poème théâtral et fantastique.
  • 1838 : La Comédie de la Mort – Une réflexion poétique sur le néant et la beauté.
  • 1852-1872 : Émaux et Camées – Son chef-d’œuvre poétique, manifeste de la poésie plastique et de la perfection formelle.

Romans et Nouvelles :

  • 1835 : Mademoiselle de Maupin – Roman de la liberté et de l’esthétisme, célèbre pour sa préface.
  • 1836 : La Morte amoureuse – Un chef-d’œuvre de la nouvelle fantastique sur le thème du vampirisme.
  • 1858 : Le Roman de la momie – Une évocation érudite et somptueuse de l’Égypte antique.
  • 1863 : Le Capitaine Fracasse – Grand roman picaresque et d’aventures, hommage au théâtre du XVIIe siècle.

Récits de Voyage :

  • 1843 : Voyage en Espagne – Le texte fondateur du récit de voyage romantique et visuel.
  • 1852 : Italia – Ses impressions sur l’art et les paysages italiens.
  • 1853 : Constantinople – Une plongée dans l’Orient de ses rêves.
  • 1866 : Voyage en Russie – Une description minutieuse des splendeurs du Nord.

Critique et Écrits sur l’Art :

  • Livret de ballet : Giselle (1841) – Il est le co-auteur de l’un des ballets les plus célèbres de l’histoire.
  • Salons : Ses comptes rendus annuels sur la peinture contemporaine, essentiels pour l’histoire de l’art du XIXe siècle.
  • Histoire du romantisme : Un témoignage irremplaçable sur ses contemporains et sur la bataille d’Hernani.

Signature of Théophile Gautier.
Théophile Gautier, Public domain, via Wikimedia Commons